A
l’occasion du 14 juillet 2011, un détachement du 1er Régiment
d’Infanterie de Marine (RIMa) d’Angoulême est allé à la rencontre des
habitants du 18ème arrondissement de Paris en disposant quatre véhicules sur la
place de la mairie. Ce genre de manifestation permet ainsi de maintenir le lien
entre la nation et son armée.
"Colonialisme,
militarisme et prosélytisme religieux" du 1er RIMa selon les Verts
Seulement, cela n’a pas été du goût des élus Europe Ecologie/Les Verts
(EE/LV) du conseil municipal du 18ème arrondissement. Dans leur ligne de mire,
les traditions du 1er RIMa, et plus généralement, celles des Troupes de
Marine.
Or, il se trouve que ces dernières ont changé plusieurs fois d’appellation.
En 1900, alors qu’elles dépendaient du ministère de la Marine, elles furent
rattachées à celui de la Guerre. Conséquence, elles prirent le nom de
Troupes coloniales, étant donné qu’elles servaient
principalement dans les colonies françaises.
Par la suite, et après la fin de l’Empire français, elles
retrouvèrent leur appellation d’origine, tout en gardant certaines traditions,
comme celle consistant à lancer un « Et au nom de Dieu, vive la Coloniale »
(les marsouins et les bigors ayant pour saint patron, Dieu lui-même, les
cavaliers se référant à Saint-Georges, les parachutistes à Saint Michel, les
artilleurs à Sainte Barbe ou encore les transmetteurs à Saint Gabriel).
Voilà donc ce qui a provoqué l'ire des élus écologistes : cette référence à
Dieu (contraire à la laïcité selon eux) et à la Coloniale, laquelle a été
perçue, par extension, à une improbable propagande en faveur du «
colonialisme ». D’où le dépôt, à l’initiative de Pascal
Julien, professeur d’histoire de son état, du voeu n°31 au conseil
d’arrondissement du 19 septembre 2011, dont voici le texte :
« Le 14 juillet dernier, à l’initiative personnelle du Maire du 18e, des
éléments du 1er Régiment d’infanterie de marine (Rima) basé à Angoulême a
stationné avec quatre véhicules militaires sur le parvis de la Mairie.
Créé en 1822, le 1er Rima est le plus ancien régiment des troupes de marine.
Il a participé aux principales conquêtes coloniales puis à la première guerre
mondiale. Détruit par l’offensive allemande de 1940, il est recréé le 8 mai
1945 pour participer aux guerres de défense de l’empire colonial. Depuis la
chute de l’empire français, il a été au cœur de différentes opérations
militaires en Afrique.
Le 14 juillet 2011, quelques officiers et sous-officiers répondaient aux
questions des passants qui pouvaient aussi, par exemple, s’installer dans les
véhicules ou se faire photographier avec leurs enfants en position de tir.
Une
brochure de 53 pages (en couleur et en papier luxueux non-recyclé) du 1er Rima
était à cette occasion largement et gratuitement distribuée au public.
Intitulée « 1er de Marine, année 2009-2010 », elle présente notamment
l’état-major, les escadrons et l’amicale du régiment. Une page centrale,
détachable pour en faire un poster, reprend le titre de la couverture : « Un
seul objectif, faire but ! »
Plusieurs articles insistent sur la nécessité de « maintenir la tradition ».
Quelle est cette tradition ?
P 3 : le chef de bataillon signe « 1er Rimacolonialement » P 4 : le
Président des sous-officiers conclut son article par « Et au nom de Dieu, vive
la Coloniale » P 18 : le capitaine du 2e escadron : « Debout les hommes et
sonne le clairon, À l’assaut Marsouin, pour la France en danger » P 34 : titre
de l’article : « Nous sommes de la Coloniale » P 38 : Le capitaine du EEI 3
conclu ainsi : « Fiers de porter l’Ancre d’Or comme les couleurs de sa nouvelle
brigade, sous toutes les latitudes, les éclaireurs de marine repartent de plus
belle pour de nouvelles aventures »
Estimant que la colonisation n’a pas été une aventure, qu’elle fut contraire
au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qu’elle ne devrait pas faire
l’objet d’une célébration patriotique,
Estimant que l’invocation de Dieu est incongrue dans une brochure présentant
au public l’armée laïque de la République,
Estimant que le militarisme n’est pas une valeur de la République
française,
Pascal JULIEN et les élu-e-s EELV demandent au Maire de veiller à ce
que désormais les unités militaires qu’il invite personnellement le 14 juillet
s’abstiennent de toute propagande à caractère religieux, colonialiste et
militariste. »
Rejeté une première fois lors du Conseil d’arrondissement, ce voeu a été
nouvelle fois présenté à l’occasion du dernier Conseil de Paris du 26 septembre
dernier, par l’écologiste Sylvain Garel, colistier de Pascal Julien, également
professeur d’histoire lui et accessoirement critique de cinéma. Au cours de son
intervention, cet élu a dénoncé «l’idéologie que véhicule ce régiment (ndlr, le
1er RIMa)».
Mais là encore, le texte a été repoussé, après une brillante intervention,
par ailleurs pleine d’humour, de Mme Odette Christienne, correspondante Défense
et membre du Groupe PSRGA (Socialistes, Radicaux de gauche et apparentés).
Comme elle l’a fait remarquer, l’expression utilisée par les aviateurs, «
Et à la Chasse bordel ! » n’est « pas une incitation à
fréquenter certains lieux », comme « Et au nom de Dieu, vive la
Coloniale » n’est pas du prosélytisme religieux.
Source : Zone Militaire
NDLR: Tout cela montre bien que les troupes de
"Marine" font bien de la peine au microcosme. ;o)