Où en est l’application de traçage «StopCovid» ? La mise au point de l’Inria

Dans une longue note, Bruno Sportisse, le PDG de l’Inria, apporte des précisions sur l’application qui pourrait être mise en place en France.

Rarement une application aura autant fait parler d’elle avant même d’avoir vu le jour. Depuis que le ministre de la Santé et le secrétaire d’État au numérique ont évoqué sa possible mise en place, StopCovid suscite de nombreuses réactions. En France, l’institut national de recherche pour les sciences et technologies du numérique (Inria) est en tête de file pour le développement de cette application. Son PDG, Bruno Sportisse, fait le point dans une note.

Il précise d’abord qu’une telle application «n’est pas une application de ’ tracking’». Elle n’est pas non plus une application de surveillance: elle est totalement anonyme. Elle n’est pas non plus une application de délation: dans le cas où je suis notifié, je ne sais pas qui est à l’origine de la notification.

On parle bien d’une application de tracing (traçage), c’est-à-dire, capable de dire avec quelles personnes un individu a été en contact au cours des deux ou trois dernières semaines. Pendant les épidémies, les recherches des contacts que les malades ont pu avoir dans les jours ou semaines précédant la déclaration de la maladie sont généralement effectuées «à la main». Une application de traçage ou de tracing permet d’avertir automatiquement les personnes concernées....

Crypto-identifiant

Parmi les questions le plus souvent soulevées par les détracteurs d’une telle application figure le respect de la vie privée et des libertés individuelles. Peut-on, dans une démocratie, accepter que nos contacts soient suivis? Peut-on faire confiance à une application, validée par l’État, qui certifierait respecter la vie privée et les libertés individuelles?

Dans sa note, Bruno Sportisse détaille la façon dont les informations liées au smartphone sont traitées, pour que les identifiants du terminal ne puissent pas être utilisés pour identifier son propriétaire. «Dans tous les projets respectueux du cadre européen de protection de la vie privée (le RGPD, sous le contrôle des autorités indépendantes comme la CNIL en France), les informations circulent sous la forme de «crypto-identifiants», des données pseudonymisées, en général générées de manière éphémère (typiquement, pour une période de 15 minutes) et associées à un terminal et non à une personne», explique-t-il.

Le rapprochement entre les crypto-identifiants des contacts et ceux des personnes déclarées positives permet de déterminer si le détenteur du smartphone a été exposé et risque d’être à son tour contaminé. La procédure à suivre en cas de contamination n’est à ce jour pas définie. Sur le serveur central, il n’y a que des crypto-identifiants. «Dans le smartphone de mon voisin, il n’y a aucune donnée concernant mon diagnostic médical, aussi encrypté soit-il. Il y a une liste des crypto-identifiants de tous les smartphones rencontrés». Ce mode de fonctionnement doit permettre de préserver l’anonymat des personnes concernées.

Autorité de santé

«Les paramètres du modèle de transmission et les données statistiques anonymes sont entre les mains de l’autorité de santé qui fixe l’utilisation de ce système. Pas d’une compagnie privée, aussi innovante soit-elle», ajoute Bruno Sportisse. Ce qui pourrait rassurer quant à l’utilisation des données.

Toutefois, avec cette application, ni l’État, ni l’Inria et ses partenaires ne prétendent apporter de solution miracle. «En tout état de cause, aucune équipe travaillant sur ces sujets n’oublie que le «proximity tracing» n’est qu’une composante d’un ensemble plus vaste de mesures, dans le cadre d’une approche pilotée par une politique de santé. Je ne connais personne qui croie au solutionnisme technologique en la matière», ajoute Bruno Sportisse

StopCovid pourrait donc être un des éléments du dispositif de déconfinement, sachant que cette application ne sera en rien obligatoire, qu’une fois installée, elle pourra être désinstallée, que ces utilisateurs peuvent aussi choisir de couper le Bluetooth de leur smartphone et de la rendre inopérante. De nombreuses voix s’élèvent déjà pour contester l’éventuelle mise en place de StopCovid. Le risque zéro n’existe pas, dans le numérique pas plus qu’ailleurs.

Mais on peut aussi s’interroger: est-il plus judicieux d’accepter une application de tracing ou de continuer à renoncer à la liberté de se déplacer ?

Source : LeFigaro.fr / image BBCNews


CGU : Nous utilisons des cookies pour améliorer le fonctionnement, le contenu et la sécurité de notre site. En visitant notre site, et tout particulièrement avant de poster un commentaire, vous reconnaissez avoir lu et accepté nos Conditions Générales d'Utilisation. Merci.


* * *