En mars 2019, lors de l’opération antiterroriste Otapuanu, menées dans l’est du Burkina Faso, les forces de sécurité locales capturèrent un certain Oumarou Diallo [alias Diawo Oumarou], le chef de la katiba jihadiste appelée « groupe de Diawo ».

Lié au prédicateur Amadou Koufa, qui dirige la katiba « Macina », une formation membre du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM, lié à al-Qaïda], cet individu s’était fait connaître au Mali, avant de s’établir au Burkina Faso. Lors de son arrestation, il se trouvait non loin de la frontière du Togo, pays où il s’avéra qu’il possédait quelques contacts, comme également au Bénin et au Ghana.

Justement, toujours durant l’opération Otapuanu, en avril, les autorités togolaises firent savoir que leurs forces de sécurité avaient arrêté plus d’une vingtaine de jihadistes en provenance du Burkina Faso et dont certains « étaient en possession de sommes d’argent importantes. »

Cet épisode illustre la menace à laquelle sont exposés certains pays côtiers du golfe de Guinée. En effet, les groupes jihadistes ne font pas mystère de leur intention d’y étendre leur influence, d’autant plus que ces États présentent; par certains côtés, les mêmes fragilités que leurs homologues du Sahel [communautés se sentant négligées, si ce n’est abandonnées par l’État central, tensions inter-ethniques, développement inégal, etc].

Dans une vidéo diffusée le 8 novembre 2018, les principaux responsables du GSIM [les maliens Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa ainsi que l’algérien Yahya Abou al-Hammam, alias Djamel Okacha] avaient appelé les Peuls à la guerre sainte [jihad] dans plusieurs africains, dont la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Nigéria, le Cameroun et le Bénin.

Si certains d’entre-eux étaient alors déjà aux prises avec la menace jihadiste, la Côte d’Ivoire et le Bénin en étaient relativement éloignés, même si le territoire ivoirien fut le théâtre d’une attaque commise en 2016 à Grand-Bassam et de quelques incidents isolés à sa frontière avec le Mali.

Quoi qu’il en soit, la pression, exercée par les différentes formations jihadistes actives dans la région, se fait de plus en plus forte sur les pays du golfe de Guinée. Ainsi, la province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest [ISWAP] profite de l’insécurité qui règne dans l’État nigérian de Zamfara pour étendre son influence vers le nord du Bénin et le sud du Niger, où, précisément, l’État islamique au Grand Sahara [EIGS], avec lequel elle a intensifié ses relations au cours de ces derniers mois, tente de s’ouvrir un corridor passant par Dogondoutchi afin de relier le nord du Mali au nord-ouest du Nigéria.

Mais la situation sans doute la plus préoccupante concerne le Burkina Faso, régulièrement visé par des attaques jihadistes. Or, ce pays fait la jonction entre le Sahel et le golfe de Guinée, via le Togo, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Bénin.

Le Bénin justement. En mai 2019, ce pays a été confronté une première fois au terrorisme avec l’enlèvement de deux ressortissants français dans le parc de Pendjari [même s’il a été question de « bandits » devant « revendre » leurs otages à un groupe jihadiste].

Plus récemment, c’est à dire le 9 février dernier, le poste de police de Kérémou [à 700 km au nord de Cotonou, près de la frontière avec le Burkina Faso] a été attaqué par une demi-douzaine d’individus, à moto, armés de machettes et de fusil de chasse. Officiellement, pour les autorités béninoises, il s’agirait l’oeuvre de « bandits » et de « braconniers », qui courent toujours. Mais la rumeur évoque un acte terroriste… Une hypothèse que semble reprendre à son compte Faure Gnassingbé, le président togolais.

Le 17 février, lors d’une visite aux forces togolaises déployées le long de la frontière avec le Burkina Faso, M. Gnassingbé a affirmé que la pression jihadiste se fait « très forte » dans l’extrême-nord de son pays.

« La menace est réelle et la pression est très forte […] nous avons connu récemment des combats jusqu’à 7 km de notre frontière », a confié le président togolais à l’AFP. « Nous notons que les attaques [au Burkina Faso] sont de plus en plus meurtrières, malheureusement le Bénin aussi vient de subir un coup, donc cette pression là, nous la ressentons chaque jour un peu plus », a-t-il ajouté.

Pour contrer cette menace, M. Gnassingbé, actuellement en campagne pour la prochaine élection présidentielle, a dit vouloir « tirer les leçons de ce qui se passe ailleurs ». Et d’ajouter : « c’est pour cela que j’essaie de dire aux populations, aux leaders religieux, aux chefs traditionnels […] qu’ils doivent aider les forces de défense et de sécurité », lesquelles « doivent « éviter les brimades, les petites corruptions qu’on voit parfois sur nos routes. »

Faute de quoi, a-t-il poursuivi, « notre principale richesse c’est la stabilité et la sécurité, si nous perdons cela tous nos projets de développement seront compromis et remis en cause. »

Cependant, M. Gnassingbé se refuse à dire qu’il y ait des « cellules » jihadistes « constituées » dans son pays. Mais « elles sont tellement poreuses » qu’il « y a certainement des éléments qui sont en transit ou qui séjournent un temps et qui repartent. »

Cela étant, le Togo a déjà pris quelques mesures, comme avec une nouvelle loi sur la sécurité intérieure et la création, en mai 2019, d’un « Comité interministériel de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent » [CIPLEV] dont la mission est « d’œuvrer à éradiquer ou à réduire sensiblement la propagation de l’extrémisme violent en donnant aux communautés de base les outils et le soutien dont elles ont besoin pour lutter contre ce fléau et de renforcer la coopération et la collaboration entre l’administration, les forces de défense et de sécurité pour une prévention et une lutte efficace. »

Source : ZONE MILITAIRE


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