Le 3 octobre 2019, muni d’un couteau de cuisine en céramique qu’il venait d’acheter le jour même, Mickaël H, un fonctionnaire de 45 ans originaire de la Martinique, affecté au service informatique de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris [DRPP], a tué deux policiers [le major Damien E., 50 ans et le gardien de la paix Anthony L., 39 ans] ainsi qu’un adjoint administratif [Brice L., 38 ans] et un agent du soutien opérationnel la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne [Aurélia T., 39 ans].

Puis il a blessé une employée des ressources humaines et un autre fonctionnaire avant d’être abattu par un jeune agent de police.

Selon les informations données par la presse, Mickaël H. travaillait au service informatique de la DRPP depuis 2003, en qualité d’adjoint administratif employé de catégorie C. Et il était jusqu’alors décrit comme étant un « fonctionnaire modèle ».

Il n’avait « jamais présenté de difficultés comportementales », a ainsi assuré Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur. Ce qu’ont confirmé plusieurs syndicats de police. « Ça ressemble vraiment à un acte de folie », a commenté Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure, auprès de France Info.

Seulement, l’hypothèse de l’acte de « folie » s’est dissipée au fil des investigations. Marié et père de deux enfants, Mickaël H., converti à l’islam, aurait entretenu des liens avec des personnes appartenant à la mouvance salafiste, a envoyé plusieurs SMS à son épouse [qui a été placée en garde à vue] accréditant la thèse d’un acte prémédité.

Aussi, au vu de ces éléments, le Parquet national antiterroriste [PNAT] s’est saisi de cette affaire. Et l’enquête a été reprise sous les qualifications « d’assassinat et tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste » et « d’association de malfaiteurs terroriste criminelle ».

Reste que la présence d’un individu apparemment radicalisé au sein de la préfecture de police de Paris interroge. D’autant plus que la DRPP a notamment la mission de lutter « contre les extrémismes à potentialités violentes et le terrorisme, en particulier l’islamisme radical » et que les investigations qu’elle conduit « visent principalement à déjouer les projets d’attentats et à démanteler les filières d’acheminement des jeunes vers les zones de combat. Les recherches portent également sur le soutien logistique et financier que certains groupes ou individus sont susceptibles d’apporter à des structures terroristes et sur le prosélytisme en faveur du djihad exercé par certains. »

À ce titre, et comme l’a indiqué Didier Lallement, le préfet de police de Paris, Mickaël H était « habilité au secret défense » et il était « en règle avec les obligations inhérentes à ce type d’habilitations.

« Comment se fait-il que dans le cœur de la lutte antiterroriste, quelqu’un qui est radicalisé, n’a pas été détecté? » a demandé Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat de police Unité-SGP-FO.

Pourtant, la loi du 30 octobre 2017, dite SILT [Sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme] a modifié l’article L114-1 du Code de la sécurité intérieure afin d’autoriser des enquêtes administratives « en vue de s’assurer que le comportement des personnes physiques ou morales concernées n’est pas devenu incompatible avec les fonctions ou missions exercées. »

Le rapport des députés Éric Diard et Éric Poulliat, publié en juin dernier et intitulé « Les services publics face à la radicalisation« , donne quelques chiffres.

La détection des individus radicalisés se concentre d’abord sur le recrutement. Mais, notent les députés, « en raison d’une dissimulation toujours possible, il n’existe pas de garantie absolue qu’une personne radicalisée ne puisse pas être recrutée. »

En outre, ajoutent-ils, une « radicalisation peut intervenir postérieurement à l’entrée dans la police, en particulier à la suite d’une conversion. » Pour faire face à cette menace « post-recrutement », l’Inspection générale de la police nationale [IGPN] a mis en place, en 2016, une cellule spéciale chargée de surveiller les policiers soupçonnés de radicalisation.

« Une réunion trimestrielle rassemblant la DGSI, le Renseignement territorial, la direction de la formation de la Police nationale et l’IGPN permet d’évoquer les personnes sources de préoccupation. Ce sont généralement les services de renseignement qui alertent sur l’existence de signes de radicalisation [fréquentation d’une mosquée de tendance salafiste, par exemple] », explique le rapport parlementaire.

Ainsi, au niveau de la Police nationale, il y aurait eu 28 cas de radicalisation constatés parmi les 150.000 fonctionnaires de police.

« Ces cas de radicalisation concerneraient essentiellement des policiers de la sécurité publique, celle-ci comptant les effectifs les plus nombreux. Ils se répartiraient en quatre catégories : agents réputés en lien ou en contact avec des milieux islamistes radicalisés, agents ayant des pratiques religieuses ostentatoires, agents ayant des prises de position publiques ou manifestant un intérêt soutenu pour l’islamisme radical et agents dont le comportement se serait radicalisé », avance le rapport.

S’agissant de la préfecture de police de Paris, la DRPP, où travaillait donc Mickaël H. a recensé une quinzaine de cas, sur plus de 43.000 agents.

Source : ZONE MILITAIRE - Photo : © Préfecture de police de Paris


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