En mai 2019, les rebelles Houthis, qui contestent l’autorité du président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi, soutenu par une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite, revendiquèrent une attaque commise à l’aide de sept drones contre deux stations de pompage situés dans les environs de Riyad, la capitale saoudienne.

« C’est la première fois que les Houthis ont démontré une capacité apparente à atteindre une cible à 800 km en territoire saoudien avec des drones. L’attaque contre les stations de pompage met en évidence le risque persistant de voir les Houthis prendre pour cible les infrastructures d’hydrocarbures à Jeddah, Yanbu [ouest] et éventuellement Ryad », avait alors commenté Jane’s 360.

Et cela, alors que l’Arabie Saoudite a investi des milliards de dollars pour se procurer des équipements militaires censés protéger son complexe pétrolier… On aurait pu penser que cette attaque de drones en essaim allait servir de leçon…

Seulement, en août 2019, une installation de gaz naturel liquéfié [GNL], située cette fois à Shaybah, fut également la cible d’une attaque décrite par les rebelles Houthis comme « la plus massive jamais lancé en Arabie Saoudite », avec « dix drones piégés », ayant évolué en essaim vers leur cible.

Ce même mode opératoire a été suivi, le 14 septembre, contre l’usine de traitement d’Abqaiq et le champ pétrolier de Khurais lesquels, appartenant à Aramco, la compagnie pétrolière saoudienne, sont situés à plus de 1.000 kilomètres de Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les Houthis.

Si les premières attaques perturbèrent la production pétrolière saoudienne, les conséquences de celles menées contre l’usine d’Abqaiq et le champ pétrolier de Khurais paraissent plus sérieuses, dans la mesure où l’exploitation de ces deux sites, qui représentent près de la moitié de la production saoudienne [et 5% du commerce journalier mondial du pétrole], a été suspendue. Ce qui a fait grimper le cours du brut de 10%. En outre, elles sont susceptibles de miner la confiance des investisseurs, à l’heure où Aramco espère lever près de 100 milliards de dollars sur les marchés, grâce à une introduction partielle en Bourse.

Le type de drones utilisés par les Houthis n’a pas été précisé. Cela étant, dans son dernier rapport, le Groupe d’experts des Nations unies sur le Yémen avait indiqué que les rebelles yéménites, soutenus par l’Iran, disposaient de drones appelés « UAV-X » qui, pouvant correspondre à l’appareil appelé « Samad-2/3 », furent utilisés « soit à des fins de reconnaissance, soit dans des attaques. »

« Lorsqu’ils servaient à des attaques, ces drones portaient une ogive de 18 kilogrammes d’explosifs associés à des roulements à bille, de sorte que leur létalité était supérieure à celle du Qasef-1 [ou Ababil, de conception iranienne, ndlr]. L’UAV-X se démarque des autres drones par son endurance et son rayon d’action bien plus importants. Équipé d’un moteur DLE 170, de fabrication chinoise, ou 3W110i B2, de fabrication allemande, et atteignant une vitesse de pointe de 200 à 250 km/h, ce drone a un rayon d’action de 1.200 à 1.500 kilomètres, en fonction des vents. Cela viendrait ajouter du crédit aux affirmations des houthistes qui prétendent avoir les moyens de toucher des cibles comme Riyad, Abou Dhabi et Dubaï », expliquèrent les experts des Nations unies.

A priori, ces drones UAV-X pourraient être de conception locale. Du moins, le rapport se pose la question, faute d’avoir plus d’éléments.

Quoi qu’il en soit, bien que ces attaques aient été revendiquées par les Houthis, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a accusé l’Iran d’en être responsable.

« Rien ne prouve que ces attaques venaient du Yémen. Téhéran est derrière une centaine d’attaques contre l’Arabie saoudite tandis que [le président] Rohani et [le ministre iranien des Affaires étrangère] Zarif prétendent s’engager dans la diplomatie. Au milieu de tous ces appels à une désescalade, l’Iran vient de lancer une attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique de la planète », a en effet accusé M. Pompeo, via Twitter.

Et d’ajouter : « Nous appelons tous les pays à condamner publiquement et sans équivoque les attaques de l’Iran. Les Etats-Unis œuvreront avec nos partenaires et alliés pour assurer l’approvisionnement des marchés énergétiques et pour que l’Iran rende des comptes pour son agression. »

Le président américain, Donald Trump, a ensuite enchaîné. « L’approvisionnement en pétrole de l’Arabie saoudite a été attaqué. Il y a des raisons de croire que nous connaissons le coupable, sommes prêts à riposter en fonction des vérifications, mais nous attendons que le Royaume [saoudien] nous dise qui il estime être le coupable de cette attaque, et sous quelle forme nous devrons agir! », a-t-il prévenu.

De son côté, via Abbas Moussavi, le porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, l’Iran a répondu en affirmant que des «accusations et remarques aussi stériles et aveugles sont incompréhensibles et insensées. » Et de sous-entendre que leur but était de justifier « des actions futures » contre Téhéran.

Toujours est-il qu’il reste à savoir si les rebelles Houthis ont vraiment la capacité de mener seuls de telles attaques sur d’aussi longues distances… En outre, les soupçons qui pèsent sur l’Iran peuvent s’expliquer par les sanctions décidées par l’administration Trump après la sortie des États-Unis de l’accord sur son programme nucléaire et visant son secteur pétrolier [80% de ses exportations].

Si ces sanctions ont pris effet en novembre 2018, Washington avait accordé des exemptions à plusieurs pays importateurs de pétrole iranien. Or, ces dernières ont pris fin en avril… Et, coïncidence ou pas, c’est à partir de ce moment que plusieurs pétroliers ont été sabotés dans le détroit d’Ormuz [4 en mai et 2 en juin] et que les premiers essaims de drones houthis ont visé les installations pétrolières en Arabie Saoudite, c’est à dire le « centre de gravité » saoudien.

Source : ZONE MILITAIRE

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