Le 30 avril 2019, le chef de file de l’opposition vénézuélienne, Juan Guaido, qui s’est auto-proclamé président en janvier, avec la bénédiction – ou du moins la bienveillance – des États-Unis et d’autres puissances occidentales, a appelé à une insurrection militaire – appelée « opération liberté » – afin de renverser le régime de Nicolas Maduro, l’héritier du colonel Hugo Chavez.

Au Venezuela, pays économiquement exsangue malgré d’immenses réserves de pétrole, la haute hiérarchie militaire a la mainmise sur une grande partie des postes clés, que ce soit au sein du gouvernement ou des entreprises publiques. En outre, comme cela ne suffisait pas, l’armée contrôle aussi l’économie illégale [au point qu’elle est appelée le « cartel des soleils », en référence aux soleils brodés sur les uniformes de ses soldats]. Aussi, fallait-il à M. Guaido négocier avec les personnalités les plus en vue du régime. Ce qui a été fait, avec le soutien discret des États-Unis.

En effet, selon John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président Trump, « des figures politiques clé du régime négociaient depuis ces trois derniers mois avec l’opposition » avaient pris l’engagement d' »œuvrer pour transférer le pouvoir vers le président par intérim Juan Guaido ». Une version confirmée par le général Manuel Ricardo Cristopher Figueras, désormais ex-chef du SEBIN, le service de renseignement vénézuélien. « J’ai découvert que plusieurs personnes de confiance autour du président négociaient avec l’opposition dans son dos », a-t-il en effet écrit dans une lettre publiée peu avant sa destitution, le 2 mai.

Le secret de ces discussions entre des membres du premier cercle de Maduro et l’opposition a-t-il été éventé au point de précipiter les événements? Ou bien ont-ils fait marche arrière au dernier moment ? Toujours est-il que l’opération « Liberté » a échoué. Et tandis que de violents heurts éclataient à Caracas entre manifestants pro-Guaido et les forces de l’ordre, le successeur de Hugo Chavez a dénoncé une « escarmouche putschiste. »

Le 2 mai, lors d’une visite de Fort Tiuna, la principale caserne du pays, et fort du soutien de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Turquie, M. Maduro est passé à l’offensive. « Oui, nous sommes en plein combat, le moral doit être au maximum dans cette lutte pour désarmer tous les traîtres, tous les putschistes », a-t-il asséné devant 4.500 soldats.

« La répression brutale du peuple vénézuélien doit s’achever et doit s’achever rapidement. […] Les gens ont faim. Ils n’ont pas de nourriture, ils n’ont pas d’eau dans ce qui fut l’un des pays les plus riches du monde », a répondu le président Trump, qui a déjà mis sur la table, et à plusieurs reprises, l’idée d’une intervention militaire au Venezuela. Une option rappelée par Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine. « Une intervention militaire est possible. Si c’est nécessaire, c’est que ce feront les États-Unis », a-t-il assuré.

La crise politique et économique au Venezuela suscite des tensions migratoires qui risquent de déstabiliser les pays voisins. En outre, pour Washington, et au-delà des aspects énergétiques et économiques, la proximité qu’affiche le régime de M. Maduro, notamment sur plan militaire, avec la Russie, l’Iran voire la Chine pose un problème…

Quoi qu’il en soit, en juillet 2018, M. Maduro avait demandé aux forces armées vénézuéliennes de se « préparer à une invasion américaine ». Un appel qu’il a renouvelé le 4 mai, en évoquant l’éventualité d’une attaque de « l’empire nord-américain », lors de l’inspection d’une base dans l’État de Cojedes.

En tout cas, de son côté, le Pentagone se prépare à toutes les éventualités. Son chef, Patrick Shanahan, a même annulé un déplacement en Europe à cause de la situation au Venezuela. Le 4 mai, il a tenu une réunion pour évoquer cette dernière avec Mike Pompeo, John Bolton et l’amiral Craig Faller, qui tient les rênes pour l’Amérique du Sud [Southcom].

« Nous avons une série complète d’options adaptées à certaines circonstances », a déclaré M. Shanahan, à l’issue de cette réunion. « Au fur et à mesure que les conditions changent [sur le terrain], nous faisons des modifications et des ajustements », a-t-il ajouté, sans vouloir en dire davantage.

Ayant rappelé les propos de M. Trump, selon lequel « toutes les options » sont sur la table », M. Shanahan a dit que « Toutes, ça veut dire toutes ». Et de continuer : « Je veux éviter d’entrer dans les détails de ce que nous pourrions faire ou pas, mais il faut comprendre que nos plans […] ont de la profondeur. »

L’une de ces options pourrait être un déploiement de forces navales au large du Venezuela, laquelle a été suggérée par Lindsey Graham, l’influent sénateur république qui préside le comité des Forces armées. En effet, il a plaidé pour l’envoi d’un groupe aéronaval dans la région. « Cuba, la Russie envoient des troupes pour soutenir Maduro au Venezuela … pendant que nous parlons/sanctionnons. Où est notre porte-avions? », a-t-il demandé.

Interrogé sur une telle éventualité, M. Shanahan a seulement fait remarquer qu’il « y a beaucoup d’eau par là-bas », c’est à dire au Venezuela.

En tout cas, il n’est pas question – a priori, du moins – pour Washington d’avoir recours à des sociétés militaires privées [SMP], comme la Russie a été accusée de l’avoir fait en janvier. Pourtant, un tel plan a été mis sur la table par Erik Prince, le fondateur de la SMP Blackwater [devenue Academi]. Selon Reuters, qui a eu vent de son projet, ce dernier comptait déployer 4.000 à 5.000 mercenaires recrutés en Amérique latine pour mener des actions clandestines au Venezuela, en soutien à Juan Guaido. Pour cela, il demandait une enveloppe de 40 millions de dollars. Mais, malgré sa proximité avec le chef de la Maison Blanche, il n’a pas obtenu le feu vert pour une telle opération.

Source : Zone Militaire

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