La question d’un éventuel « rapatriement », vers leur pays d’origine, des combattants étrangers de l’État islamique [EI ou Daesh] capturés par les Forces démocratiques syriennes [FDS, alliance arabo-kurde] a suscité une vive polémique ces dernières semaines, les uns estimant cette hypothèse totalement inconcevable pendant que d’autres pensent qu’il vaut mieux une telle issue plutôt que de savoir ces jihadistes dans la nature.

La semaine passée, le président américain, Donald Trump, s’est invité dans le débat en demandant aux pays européens de rapatrier leurs ressortissants enrôlés sous la bannière noire de Daesh.

Toutefois, et afin de s’épargner des menaces futures, les gouvernements européens préféraient voir les combattants étrangers de Daesh capturés par les FDS être jugés sur place, même si cela est de nature à poser quelques complications juridiques, étant donné que le Kurdistan syrien, région de facto autonome, n’est pas un État reconnu.

Cela étant, le rapatriement des jihadistes n’est pas la seule piste à l’étude. Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, organisée à la mi-février, une autre option a été évoquée, d’après Didier Reynders, le ministre belge de la Défense et des Affaires étrangères.

Ainsi, selon ce dernier, la délégation américaine a soumis l’idée que ces jihadistes étrangers se trouvant actuellement en Syrie soient jugés… en Irak.

« Il n’est pas exclu que des pays comme l’Irak souhaitent juger » des combattants de l’EI, a affirmé M. Reynders, à l’issue d’un « conseil des relations extérieures », où cette question a été abordée avec Jean-Yves Le Drian et Jeremy Hunt, ses homologues français et britanniques. « Cela ne serait pas anormal. Nous avons bien un terroriste français [Nemmouche, NdlR] qui est jugé à Bruxelles car l’attentat a été commis en Belgique », a continué le ministre belge, cité par La Libre Belgique.

Et visiblement, M. Reynders a raison : l’Irak souhaite juger ses ressortissants ayant combattu dans les rangs de Daesh. En effet, soucieux de se débarrasser de prisonniers encombrants, les FDS ont remis à Bagdad 280 jihadistes de nationalité irakienne, la semaine passée. Mais pas seulement, a priori.

Ainsi, selon l’agence Reuters, des combattants étrangers de l’EI auraient également été transférés en Irak, dont 14 jihadistes français. Un officier irakien affecté près de la frontière syrienne a confié avoir supervisé ce transfert et assuré qu’une vingtaine d’étrangers avaient été remis à l’armée irakienne.

Dans la soirée du 24 février, les FDS ont confirmé avoir remis « 280 combattants irakiens » à Bagdad, sur les 500 qu’elles ont capturés en Syrie. Et une source gouvernementale irakienne a précisé à l’AFP que 14 jihadistes français ont fait partie du lot.

Selon Hisham al-Hashemi, un expert irakien sollicité par l’agence de presse française, ce transfert s’est fait « en coordination » avec la coalition anti-jihadiste dirigée par les États-Unis. « Les individus transférés ne sont pas des hauts responsables de l’EI mais ils constituent une mine d’informations sur la structure de l’organisation terroriste en Europe, les réseaux jihadistes françaises et les cellules de recrutement », a-t-il dit. Et ils ont été envoyés en Irak par les FDS parce qu’ils avaient combattu à un moment donné les forces gouvernementales irakiennes, ce qui « pourrait ouvrir la voie à leur procès à Bagdad », a-t-il expliqué.

Quoi qu’il en soit, il y a peu de chance que la France les réclame… S’exprimant au sujet des jihadistes français détenus en Irak, lors d’un déplacement à Bagdad, le 8 février, la ministre des Armées, Florence Parly, avait rappelé que Paris avait « toujours dit que c’était aux autorités irakiennes d’en assurer le jugement ». Et d’ajouter : « Ce processus va se poursuivre. »

Cela étant, une troisième solution serait envisageable. « Il ne faut pas refiler de nouveaux problèmes à l’Irak […] Ce que nous voulons, c’est que ces gens soient jugés. Mais ce que nous ne voulons absolument pas, c’est que nous devions les ramener chez nous », a ainsi estimé Alexander De Croo, le ministre belge de la Coopération. D’où l’idée de mettre en place un tribunal international, qui pourrait s’appuyer sur la commission d’enquête des Nations unies sur les crimes commis en Irak par l’EI.

Source : Zone Militaire

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