« À l’impossible nul n’est tenu », dit-on. Pourtant, de la cuvette de Dien Bien Phu aux sables du Sahel, en passant par l’opération Bonite, c’est ce que font les médecins militaires affectés auprès des unités aéroportées de la Légion étrangère, pour sauver leurs camarades blessés au combat depuis 1948.

Justement, ce 20 mai 2018 marque le quarantième anniversaire de l’opération menée à Kolwezi par le 2e Régiment Étranger de Parachutistes (REP) de Calvi, qui est aujourd’hui la seule unité aéroportée de la Légion étrangère.

Le 11 mai 1978, environ 4.000 rebelles katangais, lourdement armés et transportés par le 2e division cubaine à travers la Zambie, s’emparent de Kolwezi, un ville stratégique au coeur du Katanga minier [Zaïre devenu « République démocratique du Congo »], et se livrent à des pillages et à des exactions contre les 3.000 ressortissants européens et la population locale. En trois jours, plus de 700 civils sont massacrés.

Devant la gravité de la situation, le président zaïrois, Joseph-Désiré Mobutu, demande l’aide de la France, de la Belgique et des États-Unis. À Paris, une intervention militaire – l’opération Bonite – est donc rapidement décidée. Dans la nuit du 17 au 18 mai, 700 légionnaires du 2e REP prennent la direction de Kinshasa, dont une équipe médicale de seulement 9 membres, dirigée par le médecin principal Jean-Noël Ferret.

Le 19 mai, une première vague de légionnaires saute sur Kolwezi. Seulement 4 membres de l’équipe médicale (le médecin, 2 infirmiers et un brancardier) équipés du strict minimum, en font partie. Et encore, leur présence n’est due qu’à un heureux concours de circonstances car elle n’était initialement pas prévue.

Une fois au sol, l’équipe médicale installe immédiatement un poste de secours de fortune afin de soigner les trois premiers blessés de l’opération, victimes d’incidents lors du saut.

L’objectif prioritaire est alors l’hôpital de la Gécamines [nom de la compagnie minière de Kolwezi]. Seulement, il a été saccagé et pillé par les rebelles. Heureusement, une clinique, toute proche, a été épargnée. Son ambulance 504 Peugeot est réquisitionnée par l’équipe médicale du 2e REP afin de pouvoir évacuer les blessés.

En fin d’après-midi, un poste de secours est installé avec le PC du 2e REP dans l’enceinte d’un lycée. Le lendemain, dès l’aube, une deuxième vague de légionnaires saute à son tour. Cette fois, l’équipe du médecin-principal Ferret est au complet, avec la totalité de son matériel. Là encore, elle s’emploie sans tarder à soigner quatre parachutistes qui, victimes d’un incident de saut, souffrent de fractures.

Puis viennent les premiers blessés au combat. Grâce à l’ambulance réquisitionnée, le médecin-principal Ferret peut les évacuer vers l’aéroport de Kolwezi, où les paras-commandos belges ont installé une antenne médico-chirurgicale, chargée d’accueillir les ressortissants européens évacués. Mais ce déploiement sera de courte durée : le 21 mai, le détachement belge se replie, avec les quelques médecins et chirurgiens civils travaillant à Kolwezi…

Le 2e REP devra donc faire sans soutien chirurgical et ses blessés devront attendre plusieurs heures avec d’être évacués vers Lumbumbashi ou Kinshasa par les Transall C-160 de l’armée de l’Air. Dans le même temps, le médecin-principal Ferret demande l’envoi de son adjoint, le médecin des armées Jean-Louis Morcillo. Ce dernier arrivera le 26 mai.

Entretemps, l’équipe du médecin-principal Ferret s’active auprès des légionnaires blessés au gré des accrochages avec les rebelles katangais. Malheureusement, les circonstances feront que tous ne pourront pas être sauvés, comme le caporal Jules Harte, qui, souffrant d’une grave blessure, décèdera avant son admission à l’hôpital de Kinshasa, son évacuation sanitaire ayant pris trop temps.

À la fin de l’opération Bonite, le 2e REP déplore 5 tués au combat et une vingtaine de blessés. Plus d’une centaine de légionnaires ont été soignés par l’équipe médicale du régiment pour des problèmes médicaux (hyperthermies, diarrhées de type salmonellose, infections palustres). Si cette intervention a été un succès (2.200 Européens sauvés, de même que 3.000 civils africains), elle a révélé une logistique médicale inadaptée (sous-dimensionnement des équipements médicaux, sous-effectif de l’équipe médicale, absence d’une antenne chirurgicale). Ce constat sera à l’origine d’importantes améliorations par la suite.

Le dévouement de l’équipe médicale dirigée par le médecin-principal Ferret n’est qu’un exemple pris parmi ceux décrits par le livre « Indicatif Clochette », dédiés aux membres du Service de Santé des Armées (SSA) qui ont servi auprès des unités aéroportées de la Légion étrangère depuis 1948.

D’ailleurs, la dernière commémoration de la bataille de Camerone, le 30 avril 2018, leur a rendu hommage, la main articulée du capitaine Danjou ayant été portée par le médecin-colonel (er) Jean-Louis Rondy, qui fut médecin-lieutenant au 1er bataillon étranger parachutiste pendant toute la bataille de Dien-Bien-Phu.

Cet ouvrage, que l’on doit au médecin en chef Luc Aigle, est une mine d’informations sur ces médecins au service des légionnaires-parachutistes. Outre des portraits de certains d’entre eux (qui ne peuvent susciter que de l’admiration), ce livre est émaillée de photographies souvent inédites. Évoquant des opérations récentes (dont Sangaris et Barkhane), il fait la part belle aux anecdotes, dont certaines donnent un peu de légèreté à un sujet grave.

Car comme le rappelle le général Jean Maurin, le commandant de la Légion étrangère (COM. LE), « au cours des guerres et en opérations extérieures, vingt et un médecins sont morts au combat dans nos rangs, et l’avant dernier nom d’officier inscrit sur les murs de la crypte d’Aubagne est celui d’un ‘Clochette’! ».

Source : Zone Militaire

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