Dassault signe pour 36 Rafale en Inde... et rêve de 90 de plus

Après neuf ans de négociations, Delhi a enfin signé un contrat pour 36 Rafale, contre 126 prévus dans l'appel d'offres initial. Mais Dassault compte bien surfer sur ce contrat pour placer 90 chasseurs supplémentaires.

C'était l'Arlésienne de l'aviation de combat. Le contrat qu'on n'osait plus évoquer, de peur d'une énième désillusion, d'un report supplémentaire, d'une annulation de dernière minute. Mais neuf ans après le lancement par Delhi de l'appel d'offres initial pour 126 chasseurs, le signe indien a bel et bien été brisé ce vendredi 23 septembre. Dassault a enfin signé, en présence du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, de son homologue indien Manohar Parrikar et des industriels du "Team Rafale" (Dassault, Thales, Safran), un contrat pour 36 Rafale estimé à 8 milliards d'euros, armement compris. "Une décision historique qui ouvre un nouveau chapitre de nos relations", s'est réjoui Jean-Yves Le Drian. Dans son entourage, on souligne que l'accord est le plus gros contrat, en valeur, de l'histoire de l'aéronautique militaire française.

Après des années d'atermoiements, de psychodrames et de négociations tendues, le contrat est donc, cette fois, ferme et définitif. Les livraisons doivent débuter en 2019 et s'étaler sur une trentaine de mois. Les industriels français se sont aussi engagés à réinvestir en Inde 50% du montant du contrat à travers des "offsets" (achat de matériels, investissements dans l'industrie indienne, partenariats, transferts de technologies). Après les 24 appareils commandés par l'Egypte et les 24 autres par le Qatar, le Rafale cumule ainsi 84 commandes export en moins de deux ans. Une passe de trois impensable il y a quelques années.

L'appel d'offres initial aux oubliettes

"36 Rafale en Inde, c'est bien, mais c'est bien moins que les 126 prévus à l'origine", rétorqueront les statisticiens les plus affutés. De fait, l'appel d'offres pour 126 avions, lancé en 2007 et remporté début 2012 par Dassault, s'est révélé impossible à mettre en œuvre. Trop ambitieux, trop complexe, cet accord, qui prévoyait l'assemblage en Inde de 108 des 126 Rafale commandés, avait été jeté aux oubliettes en avril 2015, lors de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi à Paris. Et remplacé par une négociation, plus modeste, sur 36 Rafale fabriqués en France à livrer le plus vite possible, dans le cadre d'un accord inter-gouvernemental (AIG). Le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier assure n'avoir aucun regret: "Je préfère une commande réelle de 36 Rafale à un contrat virtuel de 126, indique-t-il. Avec ce contrat, c'est à la fois une histoire qui continue depuis la commande de chasseurs Ouragan par l'Inde en 1953, et l'amorce d'une collaboration avec l'Inde qui va monter en puissance."

Dassault se verrait bien surfer sur le contrat signé pour vendre 90 avions supplémentaires à l'Inde. Le besoin est là, et il est urgent: de l'aveu même de l'armée de l'air indienne, Delhi ne peut compter que sur 32 escadrons de 18 appareils, quand il en faudrait 42 pour faire face aux menaces chinoise et pakistanaise aux frontières. Les Sukhoi Su-30 et MiG-29 russes ainsi que le petit chasseur indien Tejas, en cours de développement, ne suffiront pas à répondre à cet énorme besoin d'avions. D'autant qu'ils ne sont pas aussi multirôle que le Rafale, qui peut aussi bien mener à bien des missions de frappes au sol et de police de l'air que de reconnaissance.

La concurrence sera rude

Encore faudra-t-il devancer les concurrents américains (F-18, F-16), européen (Eurofighter Typhoon) ou suédois (Gripen), qui se sont déjà positionnés sur les fameux 90 avions. Le camp français s'estime bien armé: "Nous avons toutes les raisons de croire que les Indiens ont intérêt à prendre plus de Rafale, assure-t-on dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian. D'abord, l'Inde a déjà une flotte très éparse d'avions de combat: introduire un nouvel avion américain ou suédois n'aurait pas beaucoup de sens. L'autre raison, c'est que l'Inde finance, dans le cadre du contrat actuel, son propre standard du Rafale. Des commandes supplémentaires permettraient d'amortir ces coûts fixes".

Le Rafale dispose d'un autre atout de poids: à l'inverse du Typhoon, du Gripen, ou du F-16, il est doté d'une version navale, embarquable sur porte-avions, qui a fait ses preuves sur le théâtre irako-syrien. Un argument-clé sur le long terme, l'Inde désirant se doter d'un nouveau porte-avions pour répondre à la montée en puissance de la marine chinoise. Des discussions préliminaires ont déjà eu lieu avec Dassault et la Marine française. "Si les Indiens veulent un chasseur pour leur marine, ça sera un duel France-Etats-Unis", assure Eric Trappier.

Chez Dassault, on se dit en tout cas prêt à jouer le jeu du "Make In India" à 100%. "Nous amorçons une implantations industrielle en Inde, assure Eric Trappier. On va ouvrir une filiale avec un partenaire local. S'il y a d'autres tranches de commandes Rafale, ça aidera, évidemment." L'installation d'une usine d'assemblage sur place n'est pas non plus exclue, en fonction, là encore, des commandes indiennes.

Source : Challenge.fr

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