Du jamais vu  ! En 2015, les exportations françaises d’armement ont enregistré un record, à hauteur de 16 milliards d’euros de prises de commandes. Grâce aux succès du Rafale en Égypte et au Qatar, les ventes d’armes ont doublé en un an, alors que 2014 avait déjà un très bon cru. Au niveau international, la France devrait se classer à la deuxième ou troisième place, derrière les États-Unis, à quasi-égalité avec la Russie.

Dans l’entourage du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui mouille sérieusement sa chemise dans ce domaine, on ne cache pas sa satisfaction. D’autant que ces contrats vont se traduire par des créations d’emplois, de l’ordre de 40 000 d’ici à 2018. « On estime que l’industrie de défense représente aujourd’hui 165 000 emplois et on devrait donc dépasser les 200 000 », indique-t-on au ministère, où l’on insiste sur le fait que ces activités sont « très peu délocalisables ». Ainsi, 90 % du Rafale est made in France. Dans le domaine de l’armement, la balance commerciale est fortement bénéficiaire avec 1,5 milliard d’importations pour dix fois plus d’exportations.

Les chiffres de 2015 ne concernent que les « prises de commandes » fermes. Ainsi certains contrats annoncés l’an dernier, comme le Rafale en Inde ou les hélicoptères Caracal en Pologne, n’ont pas encore été pris en compte, faute d’avoir été signés en bonne et due forme.

Le secteur aéronautique domine largement ces contrats, loin devant le naval (1,5 milliard) et surtout le terrestre (0,4 milliard). La bonne santé de l’industrie aérospatiale française se confirme. Géographiquement, l’essentiel des ventes est concentré au Proche-Orient, avec 13 milliards sur 16, surtout en Égypte et au Qatar, même si Airbus a également signé un important contrat d’hélicoptères avec la Corée du Sud. Au classement des entreprises, le quatuor de tête 2015 est formé par Dassault-Aviation, MBDA (missiles), DCNS (naval) et Airbus.

2016 pourrait encore être une bonne année, surtout si le contrat des 36 Rafale avec l’Inde est conclu. Il devrait en être question la semaine prochaine lors de la visite que François Hollande effectue en Inde. D’autres « prospects » importants existent aux Émirats arabes unis. Avec de dernier pays, outre une soixantaine de Rafale, la France discute d’un contrat qui pourrait porter sur le développement d’un drone de combat. De son côté, la Turquie qui a renoncé à acquérir des missiles sol-air chinois pourrait se tourner vers le système franco-italien Aster, en concurrence avec le Patriot américain.

Enfin, le ministère de la Défense assure que l’Arabie saoudite pourrait acquérir « assez rapidement » des patrouilleurs légers pour sa marine auprès d’un chantier français. Quant au contrat tripartite Donas (l’Arabie saoudite achète à la France pour 2,2 milliards d’équipements livrés au Liban), qui a pris un sérieux retard, une deuxième livraison de matériels devrait avoir lieu au printemps : elle portera sur des équipements individuels de fantassins, après des missiles antichars Milan l’an dernier.

En matière navale, la grande affaire à venir est un méga-contrat de plus de dix milliards d’euros pour la vente de sous-marins à l’Australie. Trois pays sont en compétition : la France avec DCNS, l’Allemagne et le Japon. Canberra souhaite acquérir huit, et peut-être douze, sous-marins océaniques. Il s’agit uniquement des « plates-formes » puisque le système de combat de ces bateaux sera vendu par les États-Unis. DCNS propose une version à propulsion classique de son futur sous-marin nucléaire d’attaque Barracuda. « La France n’a jamais accepté d’aller aussi loin dans la performance technologique », indique Hervé Guillou, PDG de DCNS, qui évoque un «partenariat stratégique durable avec l’Australie».

Toujours pour l’export, DCNS développe un nouveau type de bateau - que la Marine nationale doit également acquérir : la FTI (frégate de taille intermédiaire) de 4 000 tonnes. Plusieurs pays semblent intéressés comme le Canada, le Chili, la Colombie, le Qatar, l’Arabie saoudite ou des États d’Europe du Nord.

L’année 2016 devrait enfin être marquée par la livraison à l’Égypte des deux Mistral initialement destinés à la Russie. Les équipages arriveront à Saint-Nazaire dans les prochaines semaines et appareilleront au terme d’une formation de quatre mois. Les conséquences financières de l’annulation de la vente à la Russie ne sont pas toutes apurées, indique-t-on chez DCNS où l’on attend toujours de « se faire rembourser jusqu’au dernier euro », comme l’a promis le président de la République. Les sommes en jeu seraient de l’ordre de 200 millions d’euros et Bercy semble faire un peu de résistance…  

Source : Jean Dominique Merchet - Secret Défense


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