La communauté internationale attend que de nouvelles autorités libyennes lui demandent d’intervenir militairement contre Daech, désormais implantée dans le pays. Paris est très actif sur ce dossier.

La France est de nouveau sur le sentier de la guerre et c’est encore la Libye qui est concernée. Le ministère de la Défense et l’Etat-major des armées poussent à la roue pour une nouvelle intervention militaire avec les alliés occidentaux et arabes. Contrairement à 2011, ce n’est plus un dictateur qu’il s’agit de faire tomber : l’objectif est de « taper » les miliciens de Daech, qui s’installent dans le pays en profitant du vide politique créé, en partie, par notre précédente opération... Ils seraient aujourd’hui de l’ordre de 3000, surtout dans la région de Syrte. Dans les milieux diplomatiques et du renseignement, on redoute en effet que la Libye ne devienne le lieu de repli de Daech, confronté à une forte pression militaire en Irak et Syrie. « Daech n’est pas un projet territorialement limité. Il peut avoir besoin d’une base de recueil », indique-t-on au Quai d’Orsay.

Depuis septembre 2014 au moins, Jean-Yves Le Drian n’a eu de cesse d’alerter quant à la dégradation de la situation en Libye, plaidant mezzo voce pour des frappes aériennes et des opérations spéciales, dans le cadre d’un accord politique et diplomatique. Les Affaires étrangères étaient, jusqu’à présent, parvenues à freiner les ardeurs guerrières de l’Hôtel de Brienne, en invoquant le droit international, mais les attentats du 13 novembre ont changé la donne. François Hollande l’a dit : « La France est en guerre » contre Daech. Si l’on frappe l’Organisation de l’Etat islamique en Irak et en Syrie, pourquoi s’interdire de le faire en Libye ? Les réticences du Quai sont en train de voler en éclats, d’autant, estime un bon connaisseur du dossier, que les diplomates français « sont à l’Ouest, faute de présence sur le terrain depuis l’évacuation de l’ambassade à Tripoli. »

Sur le papier, la manœuvre actuelle est simple. La communauté internationale cherche « une base légale pour lutter contre le terrorisme en coordination avec les autorités libyennes », explique un diplomate. Toute la difficulté vient de l’absence d’ « autorités libyennes ».  Ou plutôt de leur surabondance, parce que le pays a deux Parlements et deux gouvernements, sans compter une multitude de milices et forces locales qui n’obéissent qu’à elles-mêmes. A l’invitation des Etats-Unis et de l’Italie, la communauté internationale s’est réunie le week-end dernier à Rome pour mettre la pression sur les acteurs libyens et les convaincre de former un gouvernement d’union nationale. Si ce projet aboutit, ce nouveau gouvernement, légitimé par la communauté internationale, lancerait un appel à l’aide militaire pour combattre le terrorisme. Une résolution des Nations Unies, prévoyant le recours à la force (chapitre VII), donnerait un cadre légal aux opérations militaires contre Daech.

Voilà le schéma idéal. La réalité risque de s’avérer beaucoup plus complexe. Ce gouvernement d’ « union nationale » risque en effet de cliver les différents acteurs libyens, entre partisans et opposants d’une intervention étrangère. L’expérience post-2011, après la chute de Kadhafi, a montré que la plupart des responsables libyens, toutes tendances confondues, étaient opposés à ce qu’ils considèrent comme des ingérences extérieures. « Si l’on intervient, on renforcera le sentiment de paranoïa des Libyens, qui redoutent la mise sous tutelle de leur pays, et on créera de nouvelles lignes de fractures. Rien ne dit que le gouvernement d’union nationale soit reconnu en Libye même », assure Patrick Haimzadeh, l’un des meilleurs experts français de la Libye.

Une intervention militaire prendrait la forme de frappes aériennes contre les positions de Daech, mais le nombre de cibles est sans doute très faible. Des opérations spéciales, avec des raids de commandos, peuvent également avoir lieu, en particulier dans le sud libyen, à partir de la base française de Madama dans le nord du Niger. Des troupes pourraient même être déployées pour « sécuriser les institutions » du nouveau gouvernement. Outre la France, les États-Unis et sans doute la Grande-Bretagne, l’Italie est disposée à s’engager. L’ancienne puissance coloniale connaît le terrain, mais surtout elle est aux premières loges de la vague de migrants qui part des côtes libyennes. Car à la menace terroriste s’ajoute la question de l’immigration clandestine. Mise en place en juin dernier pour lutter contre celle-ci, l’opération navale européenne Sophia ne peut toujours pas intervenir dans les eaux territoriales et sur le rivage. L’UE attend toujours l’autorisation des fantomatiques « autorités libyennes ». 

Source : Jean Dominique Merchet - Secret Defense


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