Selon “Der Spiegel”, les terroristes passeraient par des satellites européens, dont le Français Eutelsat.
Mais qui leur vend les connexions ?

Qui fournit l’Internet à l’organisation islamiste ?

Depuis les attentats du 13 novembre, nombreuses sont les questions :

  • A qui Daech vend-il son pétrole ?
  • Comment Daech se procure-t-il des armes ?
  • Dernière interrogation : qui fournit l’Internet à l’organisation islamiste ?
  • Comment Daech, basée dans une région où les infrastructures des télécommunications ont été presque totalement détruites, peut-elle être aussi connectée ?


Depuis les attentats du 13 novembre, de très nombreuses questions ont été posées, en particulier, à qui Daech vend-il son pétrole ? Le journal britannique THE GUARDIAN a eu accès cette semaine à des documents internes de l'organisation qui prouve que la revente de pétrole et de gaz représente près d'un tiers de ses sources de revenus.

Autre question : comment Daech se procure-t-il des armes ? Selon un récent rapport d'Amnesty International, la quantité et la variété des stocks d’armes détenues par Daech témoignent de décennies de transferts irresponsables d’armes vers l’Irak et de l’incapacité de l’administration d’occupation, dirigée par les États-Unis, à gérer de façon sécurisée les livraisons et les stocks.

Enfin dernière interrogation : qui fournit l’Internet à l’organisation islamiste ? Comment  Daech, basée dans une région où les infrastructures des télécommunications ont été presque totalement détruites, peut-elle être aussi connectée ?

Réponse : ce sont des sociétés européennes qui servent de prestataires d’accès aux terroristes, leur permettant ainsi de diffuser via satellite leur propagande. On ne sait pas encore clairement si ces entreprises le font sciemment, mais des documents obtenus par le SPIEGEL montrent non seulement, que ces prestataires savent pertinemment ce qui est en train de se passer, mais pis encore qu’ils pourraient immédiatement et relativement facilement couper tout accès de Daech à l’Internet.

L’article du SPIEGEL, repéré par le Courrier International, explique que pour se connecter, en Syrie ou en Irak, les membres de Daech achètent du matériel à Antioche, une ville située dans une province de Turquie limitrophe de la Syrie, où des milliers de paraboles permettent d'accéder à l’Internet par voie satellitaire. Ces dernières années, en effet, le secteur de la connexion satellitaire s’est considérablement développé. De sorte qu’aujourd’hui, au lieu d’une connexion classique par câble, tout ce qu’il faut, c’est une antenne parabolique (pour la transmission et la réception) et un modem.

D'où cette question : qui livre les antennes paraboliques destinées au Moyen-Orient ?

Toute une palette d’entreprises est impliquée dans la commercialisation des technologies nécessaires à l’obtention d’un accès Internet. Au début de la chaîne, on retrouve les grands opérateurs satellitaires européens, avec en tête de file le français « Eutelsat » (dont la Caisse des Dépôts, c'est-à-dire l'Etat français, est aujourd'hui actionnaire à hauteur de 26%), mais aussi le britannique « Avanti Communications » et enfin le luxembourgeois « SES ». Il se trouve que le marché de l’accès à Internet par satellite est, en réalité, très limité dans l’Union européenne, le continent étant presque totalement couvert.

En revanche, il y a quelques années encore, la Turquie était un marché très lucratif. Sauf qu'aujourd'hui les ventes piétinent, là aussi, parce que les connexions par satellite y sont plus coûteuses que l’ADSL classique. Le problème, c'est que selon les données les plus récentes publiées par l’autorité turque chargée des télécommunications, on recensait 11 000 utilisateurs d’Internet par satellite en Turquie au premier trimestre 2015, soit à peine 500 de plus que l’année précédente. Or, rien qu’en 2013 et 2014, une entreprise comme l'allemand « Sat Internet Services » a exporté plus de 6 000 antennes paraboliques en Turquie, comme le prouvent les documents des douanes que le SPIEGEL a pu se procurer. En d'autres termes, il est probable que la plupart de ces antennes ne sont pas restées en Turquie. Et il y a fort à parier qu’un grand nombre d’entre elles aient abouti en Syrie. Le marché syrien présente, en effet, un avantage certain pour les grands opérateurs : des prix élevés, dans la mesure où il n’y a sur place aucun autre moyen de se connecter à Internet.

Bien entendu, il est peu vraisemblable que l’une ou l’autre de ces sociétés s’efforce délibérément d’aider ou de soutenir Daech, tout comme l’on peine à déterminer si elles savent vraiment à qui leurs équipements sont destinés in fine. Le SPIEGEL a contacté toutes les entreprises concernées, mais n’a obtenu de réponses que de deux d'entre elles. Les responsables de la société luxembourgeoise « SES »  leur ont expliqué qu’ils ne fournissent leurs services qu’à de grands distributeurs, dont les références ont été vérifiées, et qu’ils ne traitent pas directement avec les clients en bout de chaîne. Quant aux représentants d’  « Eutelsat », ils affirment qu’aucun des prestataires de celle-ci n’opère en Syrie et que la société n’a pas de contact direct avec les clients finaux. En clair, les informations se perdraient au fil de cette très longue chaîne de distribution.

Est-ce le cas ? Non. Les opérateurs satellitaires et leurs partenaires de distribution sont capables, en réalité, de déterminer l’emplacement des équipements qu’ils commercialisent. Quand ils installent des paraboles et configurent leur accès à Internet, leurs clients sont obligés de fournir leurs coordonnées GPS. Si l’on entre de fausses informations, les clients ne sont pas en mesure d’accéder au réseau, ou alors se retrouvent avec de mauvaises connexions. Or qu'indiquent les données GPS obtenues par le SPIEGEL pour les années 2014 et 2015 ? Elles montrent très clairement que des antennes paraboliques sont en fait précisément situées dans des sites contrôlés par Daech. Et pourtant, insiste l'hebdomadaire, sur le plan technique, il serait relativement facile aux opérateurs de couper le réseau. Un simple clic, et l’accès est bloqué.

Dès-lors, pourquoi les opérateurs seraient-ils disposés à fermer les yeux sur le fait qu’ils fournissent à un groupe terroriste l’infrastructure nécessaire pour communiquer, diffuser sa propagande et peut-être même planifier des attentats ?

L'explication pourrait être purement et bassement financière. Les spécialistes du secteur estiment que le coût d’un satellite et de sa mise en orbite atteint de 300 à 400 millions d’euros. A cela, il faut encore ajouter les frais d’exploitation. Problème : la durée de vie moyenne d’un satellite n’est que de 15 ans. Voilà pourquoi les opérateurs satellitaires cherchent à attirer autant de clients que possible et aussi vite que possible, pour pouvoir effectuer un retour sur investissement.

A moins que les opérateurs ne sachent parfaitement qui a recours à leurs prestations et qu'ils partagent ces informations avec les services de renseignement. Interrogés à ce sujet, ni les entreprises concernées ni les services de renseignement n’ont voulu répondre. Mais si tel est le cas, cela signifie que les services secrets écoutent depuis des années les communications des terroristes et s’accommodent du fait que pendant ce temps Daech gagne en force, grâce aux prestataires d'accès Internet.

Source : Mediapart.fr / Thomas CLUZEL

CGU : Nous utilisons des cookies pour améliorer le fonctionnement, le contenu et la sécurité de notre site. En visitant notre site, et tout particulièrement avant de poster un commentaire, vous reconnaissez avoir lu et accepté nos Conditions Générales d'Utilisation. Merci.

* * *