Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste : "Là, on est mal pendant dix ans"

Invité de BFM Politique dimanche soir, l'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic l'a souligné : "L'urgence, cela n'a qu'un temps."

Mais que faire face à la menace ?

Depuis septembre dernier, il est vice-président au tribunal de grande instance de Lille, aux antipodes des dossiers antiterroristes. Une décision légale, la législation française interdisant aux juges spécialisés d'occuper les mêmes fonctions plus de dix ans, mais aberrante aux yeux du grand public dans le contexte d'attentats actuel. Au micro d'Apolline de Malherbe, dimanche soir, le magistrat ne l'a pas caché :

"Si l'on veut que je revienne faire de l'antiterrorisme, je reviendrai. Bien sûr que je le ferai, vous avez vu la situation ? Il y en a même d'autres, des policiers, des anciens de la DST, la DCRI, DGSI, très compétents, qui, pour des raisons diverses, ont dû partir. Ce n'est pas à moi de décider, voilà, point. Si on a besoin de moi, je suis magistrat, je suis payé par les Français, il n'y a pas de problème."

Faire l'état des lieux

Que pense-t-il des trois mois d'état d'urgence votés par le Parlement ? "C'est une grande première : je n'ai pas de boule de cristal. Il va falloir que le gouvernement, au bout des trois mois, explique ce que cela a donné. Nous n'avons pas de référence. Le problème de fond, c'est que l'urgence, cela n'a qu'un temps. On va faire l'état des lieux : est-ce que cela a donné quelque chose en termes d'antiterrorisme ?" Et, au lendemain de ces attentats meurtriers, faut-il reprendre sa vie comme si de rien n'était ?

"C'est aux Français de prendre leur responsabilité, répond Marc Trévidic, qui lui-même prend le métro. Il faut vivre normalement, le risque est là. La France ne va pas s'arrêter de tourner, on ne sait pas quand ça va arriver." Mais comment expliquer qu'un terroriste recherché puisse revenir ainsi en Europe, et en France, commettre des attentats ? "J'ai été le premier surpris quand j'ai appris que c'était lui. Je me suis dit quelqu'un dont la tête est aussi connue, pourquoi prend-il le risque de venir lui-même sur le terrain, d'être reconnu ? C'est peut-être parce que nous ne sommes pas dans leur psychologie, ou bien il n'a peut-être pas, aux yeux de l'État islamique, l'importance que nous lui donnons, nous, aujourd'hui ?"

"On est mal pendant dix ans"

La France est-elle en guerre ? Pour le magistrat, "on ne va pas faire de cours de droit. Ce n'est pas une guerre au sens juridique, mais ce sont des gens entraînés militairement et qui font des actes de guerre". Du coup, faut-il fermer les mosquées salafistes ? "Oui, tout à fait. Le plus important est de lutter contre les causes de radicalisation, Internet et les mosquées, car ça, c'est notre avenir dans dix ans. Là, on est mal pendant dix ans. Cela fait trente ans que l'islamisme, la menace terroriste montent dans le monde. Cela a monté en flèche ; pour que cela redescende, il faudra bien dix ans. Et, pour que cela baisse, il faut s'y prendre tout de suite. On doit lutter contre une idéologie radicale violente, et j'ajoute que cette idéologie est aussi véhiculée par nos amis. Le salafisme et le wahhabisme, ce sont des frères jumeaux."

Une attaque chimique ?

Le juge Trévidic n'est, en revanche, pas convaincu de l'imminence d'une attaque chimique, même s'il estime que le Premier ministre était dans son rôle en en parlant à l'Assemblée. "Après le 11 septembre 2001, il y a eu l'anthrax. Après, il y a eu des menaces d'attentats chimiques à La Courneuve et à Romainville. (…) Mais il y a des problèmes de diffusion dans l'atmosphère de ces produits qui font que c'est beaucoup moins efficace qu'une kalachnikov, même si cela fait plus peur dans l'absolu. Ils ont du gaz moutarde, ils ont tout ce qu'ils ont pris à Bachar el-assad, qui est un grand spécialiste, souligne l'ancien juge antiterroriste. Maintenant, en termes d'impact sur l'opinion, cela ne ferait pas plus de morts. Cela peut arriver, mais ce n'est pas pire."

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Source : LePoint.fr / BFMTV

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