Démilitarisée, aseptisée, une forteresse ultra protégée invitant au repli sur soi l’institution militaire ...

Le plus frappant est l’absence de toute référence à la vocation des lieux : l’armée, la guerre, la vie militaire. Ni à l’extérieur, ni à l’intérieur.

On nous promet qu’il y aura bientôt des photos sur les murs, genre visages camouflés de commandos ou sous-marins à la mer. Mais aucun clin d’œil, comme une guérite ou une ancre de marine, aucune vieille armure ou vieux fusil, dont les réserves du musée de l’Armée regorgent pourtant. Aucun avion de chasse comme on en voyait jadis à Balard. Rien. Tout a été démilitarisé. Balard pourrait abriter Bercy que l’on ne verrait pas la différence. Il y a bien des drapeaux tricolores dans l’entrée principale, très réussie esthétiquement, mais c’est bien le moins pour un ministère.

Balard, pourtant, est une forteresse. Ses murs ont été conçus pour résister à des chocs violents. Au cœur du « pôle opérationnel », quelque part dans les sous-sols, le Centre de préparation et de conduite des opérations (CPCO), véritable poste de commandement de l’armée française, est installé dans une sorte de « sous-marin » ultra-protégé. Même pour accéder au centre de presse, en zone dite « molle », il faut passer par un contrôle digne d’un aéroport. Une société privée, Seris, est chargée de l’accueil et du filtrage, alors que la gendarmerie de l’air, renforcée par des militaires en tenue de combat, surveille l’ensemble.

Cette forteresse, éloignée du centre-ville et où il n’est pas facile de pénétrer, risque de renforcer le repli sur soi de l’institution militaire, de la couper de la vie ordinaire de la cité. Et ce d’autant que la vie quotidienne y sera plaisante, n'incitant pas à en sortir. Interrogé sur la nécessité de préserver ce que l’on nomme le « lien armée-nation », l’architecte botte en touche et évoque les contraintes de sécurité qu’on lui a imposées. (....)

Est-ce beau ? A l’intérieur, vraiment pas. Les longs couloirs sinistres font penser à ceux d’une chaîne d’hôtels de moyenne gamme. Les bureaux sans âme donnent sur des cours intérieures étroites aux façades colorées en sept types de vert ou de bleu. D’une salle de réunion, la vue donne sur une autre où le patron de l’armée de l’air réunit son équipe. Les bureaux des chefs d’état-major (Armées, Terre, Marine, Air), désormais tous réunis ici, sont riquiquis. On est loin, très loin des fastes de l’Hôtel de la Marine, de l’immense bureau du chef d’état-major des armées (Cema) donnant sur les arbres du boulevard Saint-Germain ou de celui, art-déco, de l’aviateur dans l’ancienne cité de l’air.

C’est minuscule et banal, mais moderne.    

Source : Jean Dominique Merchet - Secret Defense

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