Vente des casernes, augmentation des effectifs militaires, vers une crise du cantonnement ?

L’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 porte le format de la Force opérationnelle terrestre (FOT) de 66.000 à 77.000 soldats. Le premier défi à relever pour l’armée de Terre est donc celui du recrutement : il lui faut trouver 5.500 militaires du rang supplémentaires d’ici la fin de cette année par rapport à ce qu’elle avait initialement prévu… Et, en 2016, elle devra en recruter 14.000, soit 16% de plus par rapport à 2015.

« Nous serons alors le premier recruteur de France pour des contrats supérieurs à un an », a affirmé le général Jean-Pierre Bosser, le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), lors de son audition devant les députés de la commission de la Défense à l’occasion de l’examen des crédits alloués aux forces armées en 2016.

Evidemment, un tel effort suppose une charge de travail accrue pour la chaîne de recrutement, qui va du recruteur à la formation initiale du jeune soldat en passant par le service de santé. En outre, cela exige aussi des ressources supplémentaires dans les domaines de l’habillement et des infrastructures.

Or, globalement, le CEMAT a décidé de ne pas recréer des régiments mais de « densifier » ceux qui ont échappé aux dernières vagues de restructurations, en leur ajoutant une compagnie (ou un escadron) supplémentaire. Du coup, il va falloir pousser les murs des casernes pour faire de la place.

Ainsi, par exemple, le 3e Régiment de parachutistes d’Infanterie de Marine (RPIMa) de Carcassonne comptera, en 2016, une nouvelle compagnie forte de 175 hommes, composée de 3 sections de combat et d’une autre d’appui comprenant le groupe mortier, le groupe tireurs d’élite et le groupe anti-chars. Pour la loger, il faudra aménager un bâtiment, sans doute sur le terrain de sport de la caserne Laperrine.

« Pour réaliser les 5 500 recrutements dans les délais, je n’ai pas pu étudier dans le détail les capacités d’accueil de chaque régiment », a admis le général Bosser lors de son audition à l’Assemblée.

« Une répartition sur mesure, prenant en compte l’infrastructure et les moyens aurait constitué une solution rationnelle, mais les régiments comme les élus n’auraient pas compris cette inégalité de traitement. En effet, affecter trente ou cent cinquante militaires dans une ville comme Charleville-Mézières n’a pas le même effet, l’implantation d’une compagnie du génie supplémentaire représentant presque trois PME en plus ! », a précisé le CEMAT.

Aussi, a-t-il ajouté, « au lieu de suivre cette piste, j’ai préféré élargir la base, affectant dix postes à tel type d’unités, trente à tel autre, et donnant à quelques-unes d’entre elles un chèque en blanc ». Du coup, a continué le général Bosser, « dans certains régiments, les militaires sont bien installés ; dans d’autres, il a fallu ajouter des lits superposés dans des chambres, le temps que l’infrastructure suive ».

« La priorité a été donnée au recrutement : on peut se serrer pendant un moment, comme on le fait en OPEX, même si cela peut occasionner des tensions dans la vie courante », a-t-il estimé.

Comme les infrastructures ne suivent pas le rythme du recrutement, il faut donc improviser, comme cela a été le cas au 2e RIMa. « Il est donc possible que dans certains régiments l’on mette en place des abris CORIMEC [bâtiment préfabriqué] pendant quelques mois », a expliqué le général Bosser.

Par ailleurs, d’ici 2019, l’armée de Terre devrait compter 103.000 militaires. Toutefois, si le format de sa Force opérationnelle terrestre augmente, elle n’est pas exempte d’effort en matière de « dépyramidage ».

« L’effort de recrutement et de fidélisation n’exclut pas la manœuvre des départs, notamment dans la population sensible des officiers. En 2015, avec 41 % des effectifs d’officiers du ministère, nous assumons 53 % de la charge de déflation qui pèse sur cette catégorie. Nous faisons partir ceux d’entre eux dont nous n’avons pas besoin pour encadrer la FOT : il s’agit de manœuvres internes complexes », a expliqué le général Bosser.

Enfin, la préparation opérationnelle est un autre défi, qui ne peut être relevé qu’avec le format revu à la hausse de la FOT. « En effet, sans ces effectifs supplémentaires, au-delà de l’été 2017, l’armée de Terre Serval deviendrait inévitablement l’armée de Terre Sentinelle », a fait valoir le CEMAT.

Source : Zone Militaire

CGU : Nous utilisons des cookies pour améliorer le fonctionnement, le contenu et la sécurité de notre site. En visitant notre site, et tout particulièrement avant de poster un commentaire, vous reconnaissez avoir lu et accepté nos Conditions Générales d'Utilisation. Merci.

* * *

* * *