KANT : Fusion du Français Nexter et de l'Allemand KMW

Deux chars, un français le Leclerc, un allemand le Leopard descendant côte à côte les Champs-Elysées, le 14 juillet. Ce grondement de chenilles sur les pavés aurait symbolisé le rapprochement des deux fabricants de blindés, Nexter Systems et KMW s’il avait abouti avant la fête nationale. Il s’en est fallu de peu pour entendre ce son métallique, car c’est finalement mercredi 29 juillet que le mariage franco-allemand a été scellé.

Cette fusion des numéros quatre et cinq mondiaux donne naissance au numéro deux européen de l’armement terrestre. L’ensemble pèse 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires et emploie 6 500 personnes. S’il précède l’allemand Rheinmetall, ce nouvel acteur reste loin derrière les deux géants, l’américain General Dynamics et le britannique BAE Systems, quatre fois plus gros.

« Historique ».

Ainsi fut qualifiée cette opération au nom de code KANT (KMW and Nexter together) quand elle fut présentée officiellement en juillet 2014 à Paris. Elle concrétisait un rapprochement sans cesse évoqué pendant des années de part et d’autre du Rhin sans aller au-delà. Et surtout, il s’agit des premières grandes manœuvres européennes dans la défense depuis la création d’EADS en 1999, aujourd’hui Airbus Group, et dans la foulée de MBDA pour les missiles en 2001.

Une longue période de fiançailles d’un an a permis de définir la structure du nouveau groupe. Le principe retenu est une alliance à parité, l’Etat français, propriétaire de Nexter, et la famille Bode-Wegmann, propriétaire de KMW, détenant chacun 50 % du nouvel ensemble, avec pour les Français une action spécifique afin de protéger les activités stratégiques, comme les systèmes d’armes et les munitions. Les discussions ont porté sur la valorisation de chaque ensemble qui ont abouti à un niveau quasi équivalent.

La nouvelle entité appelée provisoirement « Newco » sera basée à Amsterdam, aux Pays-Bas. Cette société de droit néerlandais sera la holding de tête des deux structures opérationnelles, basées chacune dans un pays. En France, le siège sera à Satory, en Allemagne, à Munich. Les deux entités restent juridiquement indépendantes et conserveront leurs propres marques.

Cette dualité se retrouvera dans la gouvernance. En dessous d’un chairman (président), pas encore désigné, devraient être nommés deux directeurs généraux, Philippe Burtin, actuel PDG de Nexter, et Frank Haun, le dirigeant de KMW.

« Verrous administratifs »

Plusieurs « verrous administratifs » devront cependant être levés avant que cette holding puisse être créée, à commencer par la publication de la loi Macron, qui autorise la privatisation de Nexter, l’Etat ramenant sa part de 100 % à 50 % dans le groupe d’armement. L’opération devra aussi obtenir le feu vert des autorités de la concurrence des deux pays et de Bruxelles. Cela ne devrait pas poser de problèmes, car l’industrie de l’armement terrestre reste très morcelée en Europe et le nouvel acteur franco-allemand ne sera pas en position dominante. Ces « conditions suspensives indépendantes des entreprises » devraient être levées d’ici à la fin de l’année estime un proche du dossier précisant que ce rapprochement n’aura « pas de conséquences sur l’emploi ».

Cette future entité permettra aux deux constructeurs de « mutualiser leurs forces commerciales » et d’« avoir rapidement un catalogue commun », précise t-il, en attendant de développer ensemble de nouveaux armements dans quelques années. D’ici là, Nexter et KMW devront harmoniser la concurrence que se font à l’exportation le VBCI français et le Boxer allemand sur le marché des blindés à roues.

De part et d’autre du Rhin, chacun poursuivra ses programmes nationaux, comme Scorpion pour Nexter, qui consiste à moderniser les chars Leclerc et à les équiper des technologies les plus récentes. Le contrat porte sur la rénovation d’un parc de deux cents chars, ainsi que sur celle de dix-huit dépanneurs de char (DCL rénové) pour 330 millions d’euros. Les premières livraisons sont prévues à partir de 2018.
Vigilance allemande

Le nouveau groupe se donne cinq ans pour préparer sa fusion, avec une mise en commun progressive de certains services. « MBDA a mis quinze ans avant de commencer à unifier ses activités et Airbus vingt ans pour ses hélicoptères », souligne un expert du secteur. En matière d’armement, l’une des difficultés consiste à spécialiser des sites dans l’un ou l’autre pays, chaque Etat veillant jalousement sur ses technologies sensibles, étant réticent aux transferts de certains composants.

Autre frein, la différence de conception d’exportation des armements entre les deux pays. Si Paris soutient et encourage de telles ventes, Berlin est plus vigilant, provoquant parfois des tensions. Cette question est particulièrement sensible en Allemagne : « Le régime d’exportation ne bougera pas », a confirmé à l’AFP le ministère de l’économie allemand, précisant que « tout ce qui est développé et fabriqué dans des usines allemandes avec de la technologie allemande devra être soumis à autorisation » de Berlin.

Source : lemonde.fr / AFP

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