La nouvelle attaque islamiste qui a frappé la France, six mois après les attentats de janvier, vient de franchir une étape supplémentaire dans l'horreur. Elle témoigne d'une mise en scène effroyable et moyenâgeuse, inédite sur le territoire national et qui porte le sceau de la barbarie islamiste. Ce que redoutaient tant les services de renseignements, à savoir une décapitation perpétrée sur notre sol, est survenu vendredi dans l'Isère.

Yassin Salhi, chauffeur-livreur de 35 ans travaillant pour une société de transport de la région, se présente à 9 h 28 au volant de son Peugeot Boxer devant l'usine du groupe américain Air Products, spécialisée dans la production de gaz industriels, et située dans un site sensible classé Seveso, à Saint-Quentin-Fallavier, entre Lyon et Bourgoin-Jallieu, non loin de l'aéroport Saint-Exupéry.

Arborant une courte barbe récemment taillée, Yassin Salhi est fiché des services de renseignements. S'illustrant par une brutale radicalisation au contact d'un prêcheur virulent originaire de Pontarlier (Doubs) d'où il est natif, ce père de trois enfants fait l'objet dès 2006 d'une fiche S (pour «Sûreté de l'État»). Classée niveau 13 sur une échelle de vigilance allant jusqu'à 16, elle n'avait pas été renouvelée en 2008. L'islamiste radical, qui n'a pas de casier judiciaire, était cependant toujours suivi en raison de sa proximité depuis 2013 avec la mouvance salafiste.

Il dévisse les bonbonnes de gaz avant d'y mettre le feu

Comme s'il effectuait sa maraude régulière, l'islamiste, connu des employés, sonne au portail et engage son véhicule badgé lui donnant l'autorisation de franchir un premier périmètre de sécurité. Salhi longe un mur, accélère soudain et percute de plein fouet les grilles d'une seconde zone plus protégée. Blessé dans la violence du choc, comme en témoignent des entailles assez profondes sur le visage, il parvient à descendre de sa voiture, à se rendre dans un hangar couvert rempli de bonbonnes d'Air liquide, de gaz et d'acétone qu'il dévisse tour à tour avant d'y mettre le feu.

Alerté par une forte explosion et un début d'incendie, un sapeur-pompier des services d'incendie et de secours de l'Isère (Sdis) découvre le terroriste à 10 heures. Avec courage et sang-froid, il empoigne Yassin Salhi, qui résiste. Le soldat du feu le ceinture et le maintient au sol le temps de l'arrivée des renforts.

 Acte abject au nom d'Allah !!!

Alertée, une patrouille de la gendarmerie départementale dépêchée sur place découvre, médusée, une tête décapitée, attachée à l'aide d'une chaîne au grillage d'enceinte de l'usine et encadrée de deux grandes bannières noire et blanche supportant des inscriptions en arabe, qui s'avéreront correspondre à la Shahada (profession de foi musulmane). À l'aplomb de la Peugeot Boxer partiellement détruite par le souffle de la déflagration, gît un corps démembré. Un couteau a été ramassé non loin.

La victime, Hervé C., âgée de 54 ans, n'est autre que le directeur commercial de la société ATC Transport où Yassin Salhi est salarié depuis mars dernier. Selon toute vraisemblance, le chef d'entreprise a été assassiné et décapité avant que Yassin Salhi ne pénètre dans l'usine et déclenche des explosions. Deux caméras de vidéosurveillance ont filmé de manière intermittente le chauffeur qui a préalablement placé la tête tranchée de son employeur avant de passer à l'action. Comme si l'ensemble de cette abjecte équipée avait été préméditée et scénarisée bien en amont.

Quatre personnes placées en garde à vue

Lancés aux trousses d'hypothétiques complices du terroriste, les policiers de la Sous-direction antiterroriste (Sdat) et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont mené une série d'opérations. Au total, quatre personnes ont été placées en garde à vue. Outre Yassin Salhi, un suspect de 33 ans a notamment été interpellé par un peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG) dans la matinée après avoir été repéré alors qu'il passait et repassait à bord d'une camionnette devant l'usine d'Air Products comme s'il faisait une reconnaissance. Ce personnage intéresse d'autant plus les enquêteurs que son passé judiciaire comporte des antécédents liés à des menaces de type terroriste.

En milieu d'après-midi, les policiers d'élite du Raid ont mené à Saint-Priest une perquisition au domicile du bourreau présumé, et la sœur et l'épouse de ce dernier ont été à leur tour placées en garde à vue. «Tous les services sont mobilisés pour faire avancer l'enquête», a prévenu Bernard Cazeneuve, venu rapidement sur les lieux de l'attentat djihadiste puisqu'il était en déplacement devant la 65e promotion des élèves commissaires de police à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, dans la périphérie de Lyon.

Alors qu'une vive émotion mêlée de dégoût s'est une fois encore emparée de la population, le branle-bas de combat a été déclenché au plus haut sommet de l'État. Le président François Hollande, qui participait à un sommet européen à Bruxelles, l'a écourté pour venir présider un conseil restreint à 15 h 30 dans la capitale. Le premier ministre, Manuel Valls, depuis l'Amérique du Sud, a, lui, ordonné une «vigilance renforcée» sur tous les sites sensibles de la région Rhône-Alpes, avant d'écourter lui aussi son voyage.

Le plan Vigipirate a été hissé au seuil «alerte maximale» sur l'ensemble de la région pour trois jours. Les contrôles vont se multiplier dans les gares et autour des sites sensibles jusqu'à lundi, date symbolique du premier anniversaire de l'État islamique.

Source : Le Figaro.fr

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