Peshawar pleure ses enfants...  

Présentée comme une «vengeance» contre l’armée pakistanaise qui pilonne leurs positions, l’attaque, mardi 16 décembre 2014, d’un collège par les talibans a fait au moins 141 morts, dont 132 élèves, et plus de 120 blessés.

Des écoliers exécutés d’une balle dans la tête en plein cours, et des dizaines d’autres à l’uniforme ensanglanté portés par une foule de volontaires vers des hôpitaux en plein chaos, appelant désespérément aux dons du sang : le choc est énorme au Pakistan devant la cruauté de cette attaque spectaculaire revendiquée par le Mouvement des talibans pakistanais (TTP), la plus meurtrière de toute l’histoire du pays.

Dans les hôpitaux débordés de Peshawar, la capitale du nord-ouest, des enfants portant des bandages trempés de sang, pieds nus, criaient leur douleur sur leur lit, selon les images poignantes des télévisions locales. Nombre de familles éplorées, hurlant leur désespoir, sortaient des hôpitaux en levant les bras au ciel. Des cercueils portés par des hommes ulcérés étaient transportés depuis les hôpitaux jusqu’au lieu des funérailles.

Glaçant. Signe de la gravité et du traumatisme de tout un pays, le Premier ministre, Nawaz Sharif, et le chef de l’armée se sont déplacés à Peshawar pour superviser les opérations. «Ces enfants sont mes enfants, le pays est en deuil et je suis en deuil», a déclaré M. Sharif, parlant de «tragédie nationale perpétrée par des sauvages». Il en fallait pourtant beaucoup pour traumatiser un pays habitué aux attentats depuis des années, mais le choix d’une cible aussi facile et sans défense que des élèves a révulsé la population. Le dernier bilan fait état de 141 morts, dont au moins 132 écoliers.

Mardi (ndlr:16 décembre) matin, vers 10h30, six assaillants ont pénétré dans cette école publique gérée par l’armée à Peshawar, où plus de 500 élèves étaient présents, et ont commencé leur jeu de massacre, passant de classe en classe, visiblement sans intention de faire des otages. Dans un récit glaçant, un témoin a raconté à l’AFP avoir été touché plusieurs fois par balles aux jambes, et avoir dû «faire le mort» et s’empêcher de crier en se traînant sous des tables de classe, pendant que les rebelles islamistes cherchaient à tuer d’autres élèves…

L’armée a peu à peu repris le contrôle des bâtiments à mesure que les talibans étaient tués ou se faisaient exploser en actionnant leur veste suicide. Peu avant 18 h 30, la police a annoncé la fin de l’attaque et la mort des six talibans.

«Vengeance». En attaquant cet établissement où étudiaient de nombreux enfants de militaires et de gradés de l’armée, âgés de 10 à 20 ans, le porte-parole du TTP a dit avoir voulu faire ressentir leur «souffrance» à ces familles de militaires, d’où sans doute la violence inouïe des exécutions à bout portant. L’armée «bombarde nos femmes et nos enfants et des milliers de nos combattants […], nous avons demandé encore et encore qu’ils cessent tout cela», a ainsi déclaré mardi le porte-parole taliban.

Cette «vengeance», le TTP l’avait promise au gouvernement Sharif, lorsque ce dernier a lancé en juin l’opération militaire contre le bastion du TTP dans la zone tribale du Waziristan du Nord. Cette opération sans précédent, toujours en cours et qui vise à éradiquer les bases arrières des talibans dans ces zones, a tué plus de 1 600 rebelles, selon l’armée. C’est notamment par crainte de représailles sanglantes comme celle de Peshawar que le gouvernement civil a hésité pendant des années avant de lancer une telle opération.

Affaibli et désorganisé en factions dissidentes, le TTP n’a plus tellement les moyens d’organiser des opérations d’envergure contre l’armée ou les forces de sécurité. Ces derniers mois, il s’est donc rabattu sur des cibles «faciles». Ainsi, 55 personnes, en majorité des familles venues voir la relève de la garde, ont été tuées début novembre à la frontière entre le Pakistan et l’Inde lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser.

Dès mardi, nombre de critiques sur les réseaux sociaux au Pakistan ont vertement interpellé le leader d’opposition Imran Khan et son parti, qui sont en charge de la province du nord-ouest, l’accusant d’avoir délaissé la sécurité de sa province pour mener sa «révolution» à Islamabad où ses partisans campent depuis mi-août. Plus largement, de nombreuses voix ont appelé à un sursaut des partis politiques afin qu’ils mettent enfin de côté leurs divergences et travaillent ensemble à en finir avec le terrorisme.

«Seuls quelques partis politiques ou leaders sont clairs sur la manière de gérer cette menace talibane, la majorité de ces partis restent très confus ; ils condamnent la violence sans condamner le TTP, afin d’éviter les représailles» ou de ménager un électorat qui se radicalise, a ainsi critiqué auprès de Libération l’analyste Hasan Askari.

En recevant son prix Nobel de la paix la semaine dernière, Malala Yousafzai, attaquée par balles elle aussi par les talibans dans sa vallée de Swat en octobre 2012 alors qu’elle rentrait de l’école a dit vouloir consacrer son avenir à défendre l’éducation des filles dans le monde. Dans sa région natale, ce combat est d’une urgence encore plus prégnante depuis mardi. 

Source : Liberation.fr

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