Le pape a lui-même prononcé le mot en septembre 2014 : « troisième guerre mondiale ».

Pas encore la Der, mais la 3ème... ?

Il a même dit : « troisième guerre mondiale par morceaux » pour insister sur le fait qu’elle se livrait partout sous des formes variées. Les djihadistes du “califat islamique”, qui placent leur barbarie sous l’étendard du Prophète, ont retrouvé cette citation d’Abou ad-Dardâ, compagnon de Mahomet, pour alimenter leur propagande : « La meilleure garnison de musulmans au jour de la grande mêlée sera située à Ghûta, à proximité d’une ville appelée Damas, l’une des meilleures villes de Shâm. » Ce territoire de Shâm couvre ce que nous appelions le Levant, du Liban à l’Irak, de la Jordanie à la Syrie. Telle est la géographie de la guerre qui se livre en Orient — où les djihadistes à turban noir mettent leurs arguments religieux au service d’une ambition politique qui tourne à la folie. On a déjà vu cela en d’autres temps.

Nous sommes partie prenante de ce conflit, que nous le voulions ou non. À cause de nos racines judéo-chrétiennes, de notre héritage occidental, de nos alliances, de nos intérêts nationaux en Europe et dans le monde. C’est pourquoi la bataille se livre « par morceaux », là-bas comme ici. Chaque jour apporte la preuve nouvelle de l’implication de jeunes gens venus de chez nous, embrigadés, parfois convertis, pour partir combattre en Syrie. Ces jeunes gens sont recrutés grâce à Internet (lire l’article de Fabrice Madouas, page 34), vivent en réseaux, virtuels puis réels, parce que seul le groupe peut leur faire rompre leurs liens, sacrifier leur famille et leur identité, en changeant de nom, pour se mettre au service d’une organisation totalement étrangère.

Ce récit de l’embrigadement et du dévoiement de ces jeunes gens, on le trouve dans le rapport du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI), dirigé par Dounia Bouzar. Document qui a été établi à partir d’entretiens avec 160 familles volontaires, qui ont appelé au secours. Leur signe particulier : elles sont françaises, athées à 80 %, appartiennent aux classes moyennes supérieures et en particulier au monde éducatif. Cet échantillon ne dit évidemment rien d’un bouillon de culture bien plus vaste, celui des familles fondamentalistes silencieuses, des lieux de prière, mosquées ou écoles coraniques extrémistes, sans oublier les cours de prison, bouillon dans lequel prospèrent l’endoctrinement et l’effacement des personnalités, indispensables au djihadisme.

La négation des racines et des références constitue la source de ce que le pape dénonçait, ce mardi, devant le Parlement européen : ces « extrémismes qui déferlent » et provoquent « ces violences barbares […], sous le silence honteux et complice de beaucoup ». Ce déferlement profite, autre mot du pape, de la « fatigue » européenne devant la menace, cette « Europe effrayée », cette « Europe qui n’est pas à l’abri » et qui devrait d’abord préserver et reconstruire sa propre identité.

Pour recruter au sein de nos sociétés, le djihadisme passe par le désarmement moral, le délitement du lien social ; il ne peut agir qu’en faisant « tomber la résistance morale » des peuples occidentaux, pour reprendre la formule de Dounia Bouzar, avant de les faire céder. Au temps de la guerre froide avec le communisme soviétique, un mouvement s’était créé pour entraîner un “réarmement moral”. Il aura suffi de trois grandes figures pour balayer la “fatigue” de l’époque et éliminer l’empire et l’idéologie qui voulaient aussi notre disparition. Ce furent Alexandre Soljenitsyne, Ronald Reagan et le pape Jean-Paul II. Ils alliaient la force d’âme et le pouvoir de la pensée à la puissance militaire.

Ce pape François voit clair quand il dit cette semaine aux Européens : mettez-vous au travail ; votre identité c’est votre histoire, à vous d’être capables de la prolonger et de la renouveler ; vous avez toutes les richesses, tous les talents pour cela ; mais l’Europe ne peut grandir sans visage ; elle peut toujours agir sur les effets de cette « culture du déchet » qui touche aussi à ses racines, ce sera vain si elle n’intervient pas en même temps sur les causes.

Tout le problème est là, en effet. La vigilance de nos services de police et de renseignements, qui suivent nos djihadistes et déjouent les attentats qu’ils préparent, l’entraînement de nos services d’urgence, qui les redoutent, le courage de nos soldats et de nos pilotes, que l’on expédie sur les théâtres d’opérations extérieures ne peuvent pallier l’absence de cohérence dans l’action. Qui peut dire que Barack Obama, qui en est maintenant à son quatrième secrétaire à la Défense en six ans (le troisième, Chuck Hagel, a démissionné lundi), sait ce qu’il veut ? Il change de politique tous les trois mois.

Quant à nous, il faudrait aussi que nous sachions au nom de quoi nous agissons.

Source : Francois d'Orcival - Valeurs actuelles

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