Anneau de la Mémoire, réunir des soldats de toutes origines en "fraternité posthume"...

François Hollande a ouvert mardi à l'Élysée les commémorations de l'armistice de la Première Guerre mondiale par le lancement officiel du "Grand mémorial", un site internet qui permet aux descendants des Poilus de retracer le parcours miliaire de chacun d'entre eux. D'ici à la fin du cycle de ce centenaire, en 2018, l'ensemble des 8,5 millions de fiches des soldats de la Grande Guerre auront été numérisées et mises à disposition des familles et des chercheurs. Dès cette année, le site donnera accès aux "registres matricules" d'une vingtaine de départements.

Le 11 Novembre, "la République se souvient de toutes les victimes de ce conflit effroyable", a souligné le chef de l'Etat sous les ors de la salle des fêtes de le l'Élysée. À travers les "registres matricules" qui répertoriaient scrupuleusement des éléments comme la couleur des yeux, le métier ou le niveau d'instruction de chaque recrue, le site permet de cerner la personnalité et le parcours personnel et militaire de chaque combattant. Ce site collaboratif permettra aussi aux internautes de compléter la fiche de leurs aïeux par une photographie, une correspondance ou un souvenir numérisés et de constituer des "communautés de descendants".

Le chef de l'État lui-même, s'est souvenu du couteau confectionné par l'un de ses grands-pères dans une baïonnette, "poli et poli encore", soigneusement conservé comme un témoignage "douceur" dans "une période aussi rude, aussi dure".

Des "carnets de poilus"

François Hollande a par ailleurs remis les trois premiers prix nationaux du concours des Petits artistes de la Mémoire du Centenaire, un concours scolaire ouvert aux classes de CM1 et CM2. Les élèves ont élaboré des "carnets de poilus" originaires de leur commune à partir des traces et des témoignages laissés sur le monument aux morts ou dans les archives familiales, municipales ou départementales. Quelque 540 classes ont participé au concours remporté cette année par l'école Saint-Genès de Bordeaux.

Le président de la République devait déposer ensuite une gerbe au pied de la statue de Georges Clemenceau, le "père" de la victoire, au rond-point des Champs-Elysées, avant la traditionnelle cérémonie de ravivage de la flamme sur la tombe du soldat inconnu.

Dans l'après-midi, il devait se rendre sur le site de Notre-Dame-de-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), pour inaugurer l'Anneau de la Mémoire, un mémorial sur lequel sont gravés les noms de 580 000 soldats tombés en 1914-18, sans distinction de nationalité, dans l'ordre alphabétique.

Un mémorial novateur

Depuis 2011, le 11 novembre est la journée d'hommage à tous les morts pour la France, et le chef de l'État saluera la mémoire des sept soldats français tués en opération au cours des 12 derniers mois. Trois d'entre eux sont morts en Centrafrique, dont deux le 9 décembre aux premières heures de l'opération Sangaris. Quatre autres ont été tués au Sahel, dont le dernier le 29 octobre dans le nord du Mali.

Émotion également l'après-midi, sur les lieux mêmes des offensives parmi les plus meurtrières de la Grande Guerre, sur le front du Nord-Pas-de-Calais. À 15 h 30, François Hollande inaugurera un mémorial novateur constitué de 500 plaques d'acier portant les noms de 579 606 soldats tombés dans la région, sans distinction de nationalité ou de religion.

Combattants d'une quarantaine de pays

Un "anneau", symbole d'unité, censé réunir des soldats de toutes origines dans une "fraternité posthume". Les Britanniques sont les plus nombreux, avec 241 214 noms de combattants inhumés pour la plupart dans quelque 800 cimetières militaires de la région. Devant les Allemands (173 876) et les Français (106 012). Au total, le monument égrène dans l'ordre alphabétique les noms de combattants d'une quarantaine de pays, dont ceux issus des anciennes puissances coloniales.

L'inauguration du monument entend, selon François Hollande, être "à la fois un geste profondément humain et un message d'espoir éminemment actuel à tous ceux qui luttent aujourd'hui pour que la paix et le droit triomphent partout dans le monde". Un message qui devrait être au coeur du discours que le chef de l'État prononcera à partir de 16 heures, lors d'une cérémonie internationale dans la nécropole voisine de Notre-Dame-de-Lorette, qui rassemble les restes de 43 000 combattants.

Après une cérémonie prestigieuse en présence des représentants de 80 pays le 14 juillet, des commémorations plus discrètes ont marqué début septembre l'anniversaire de la bataille de la Marne, en l'absence du chef de l'État en visite en Irak. Les pays invités ce 11 novembre seront cette fois représentés au niveau ministériel, sans éclat particulier.

Un geste solennel

L'Élysée souligne le caractère "populaire" de ces commémorations, avec le souci toujours présent de transmettre la mémoire du conflit aux jeunes générations. D'autres cérémonies marqueront le centenaire de la Grande Guerre dans les trois ans qui viennent, mais aucune date n'est arrêtée, pour éviter l'effet de lassitude au moment où le président est plus que jamais attendu sur le front du chômage.

En prélude au 11 Novembre, un espace consacré aux fusillés de 1914-1918 a été ouvert jeudi au musée de l'Armée à Paris. En novembre 2013, François Hollande avait demandé qu'une place leur soit réservée, un geste solennel plutôt qu'une franche réhabilitation des 639 soldats condamnés pour "désobéissance" durant le conflit.

Source : LePoint.fr / AFP


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