Une première dans le monde arabe...

La liberté de conscience à propos de la religion, inscrite dans la Constitution tunisienne.

En Tunisie, la liberté de conscience l'emporte sur la charia. Les premiers articles fraîchement adoptés de la nouvelle Constitution tunisienne font de la religion une question individuelle. Une première dans le monde arabe.

Une révolution qui ne dit pas son nom se joue en Tunisie. Avec un an et trois mois de retard, l'Assemblée nationale, où les députés du parti islamiste Ennahda sont majoritaires, a commencé à adopter, le 4 janvier 2014, les premiers articles de la nouvelle Constitution, dont celui garantissant "la liberté de conscience". La Constitution tunisienne est ainsi la première du monde arabe à reconnaître la liberté de conscience dans un de ses articles.

Concrètement, les Tunisiens pourront se déclarer "a-religieux" et, mieux encore, ils pourront décider de changer de religion. Chose impensable - officiellement - pour un musulman puisqu'il risque d'être considéré comme apostat et, à ce titre, menacé de mort par des islamistes radicaux. Et si la majorité des pays arabes - à l'exception des pays du Golfe et du Maroc, où le statut de commandeur des croyants du roi implique que les Marocains, sauf s'ils sont juifs, sont ipso facto musulmans - ont tous des citoyens à la fois arabes et chrétiens de naissance, les conversions ne sont officiellement pas possibles.

La société tunisienne est, comme dans la quasi-totalité des pays arabes et musulmans, divisée entre "un pôle moderne et séculier et un pôle conservateur et religieux", selon les termes de Séverine Labat, chercheur au CRNS*, et ce grand pas vers la liberté et la modernité ne s'est pas fait sans mal. Il explique le retard pris dans l'adoption de la nouvelle Constitution de l'après-Printemps arabe. Vendredi et samedi, les débats sur le préambule de la nouvelle loi fondamentale ont été plus houleux, obligeant à plusieurs interruptions de séance.

Aucune référence à la charia

Non seulement les députés ont adopté l'article sur la "liberté de conscience", mais, en plus, le parti islamiste Ennahda, au pouvoir depuis octobre 2011 et très contesté par l'opposition moderniste et séculière, a accepté, dès le printemps 2012, de ne pas introduire de référence à la charia (la loi islamique) dans la nouvelle Constitution. Il avait donné son accord à la reprise des deux premiers articles de la Constitution de 1959 : l'article 1 qui précise que "La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain. L'islam est sa religion, l'arabe sa langue et la République son régime." Les députés ont tous voté (à trois exceptions près) en faveur de cet article qui précise "qu'il ne peut être amendé " ; et l'article 2, non amendable aussi, qui prévoit l'instauration d'"un État à caractère civil, basé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la primauté du droit".

Les amendements proposant l'islam comme "source principale de la législation" ont donc été rejetés par l'Assemblée. Un renoncement mal vécu par l'aile dure du parti islamiste. Mais au fil des mois et de la contestation grossissante contre Ennahda, celui-ci n'avait plus guère de choix.

L'État reste "gardien de la religion"

Par contre, le compromis passé entre Ennahda et l'opposition fait de l'islam "la religion du pays". C'était déjà le cas dans la Constitution adoptée sous Bourguiba en 1959, au lendemain de l'indépendance. L'État devient par ailleurs le "protecteur du sacré" et le "gardien de la religion" (article 6). Ces formulations vagues peuvent-elles être interprétées pour tenter de remettre en question la liberté de conscience ? Certains s'y essaieront probablement.

Il reste encore aux députés tunisiens à voter, avant le 14 janvier prochain, 132 autres articles de la Constitution ainsi qu'une loi électorale pour organiser des élections législatives et mettre fin à la période de transition qui a commencé avec le départ de Ben Ali, l'ancien président, le 14 janvier 2011. Dans l'immédiat, un consensus semble avoir été trouvé pour que la nouvelle loi fondamentale soit adoptée à la majorité des deux tiers des élus et ainsi éviter l'organisation d'un référendum.

Source : Le Point.fr

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Une «victoire» pour les féministes

La Tunisie est devenue lundi le premier pays du monde arabe à inscrire dans sa constitution l'égalité entre hommes et femmes.

«Tous les citoyens et les citoyennes ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination aucune», dispose l'article 20 du projet de Constitution adopté par 159 voix sur 169 votants. Cette formulation est le fruit d'un compromis entre les islamistes d'Ennahda, majoritaires à l'assemblée, et l'opposition laïque. Ce texte unique dans le monde arabe s'ajoute à d'autres concessions des islamistes sous la pression de la société civile et de l'opposition.

Ennahda avait fait scandale durant l'été 2012 en annonçant vouloir introduire le concept de «complémentarité» homme-femme. Confronté à une levée de boucliers, le parti a finalement renoncé à ce projet. Les islamistes ont aussi accepté au fil des mois de renoncer à inscrire l'islam comme source de droit et à punir les «atteintes au sacré». Ils ont aussi voté dimanche, sous la pression de l'opposition laïque, l'interdiction des «accusations d'apostasie», un élu ayant affirmé avoir été menacé après avoir été qualifié d'ennemi de l'islam, alors que deux opposants ont été assassinés en 2013 par la mouvance jihadiste.

Source : LeParisien.fr

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