"Maintenant, c'est notre temps, celui de la liberté, l'égalité et la justice". Au Caire, les opposants sont unis dans la joie d'avoir fait tomber Morsi. La seule chose qui les unit.

"Dégage, dégage !", "Nous fêtons le fait d'être débarrassés de Morsi", "Je n'attends qu'une chose, c'est que Morsi parte"... dans la rue cairote, l'opposition est unie pour demander la chute du président Morsi. Mercredi après-midi, le chef désigné de l'opposition Mohamed ElBaradei, des représentants de Tamarrod, le mouvement à l'origine de l'appel à manifester, mais aussi le patriarche copte orthodoxe d'Alexandrie Tawadros II et le grand imam Ahmed Al-Tayeb d'Al-Azhar, principale autorité sunnite étaient réunis au ministère de la Défense, quelques heures seulement avant que l'armée ne signifie à Mohamed Morsi qu'il n'était tout simplement plus président.

Le reflet d'une opposition unie ? Structurée ? Prête à reprendre le pouvoir ?

Non. Depuis quatre jours, c'est un mouvement très disparate qui a investi la rue : on y voit les électeurs déçus des Frères musulmans, les jeunes révolutionnaires, les supportes de l'ancien régime mais, aussi, les fortes têtes des Black Bloc… Tous sont là pour exprimer un ras-le-bol.

"Les gens n'expriment que le rejet du pouvoir"

Cependant, explique la spécialiste de l'Egypte Sophie Pommier, "contrairement à 2011 où les gens étaient descendus dans la rue en espérant mettre en place quelque chose de vertueux, là, ils n'expriment que leur rejet" du pouvoir. Et, à l'annonce de la chute de Morsi, leur immense joie  : "Fière d'affirmer que je suis égyptienne et que nous avons une nouvelle fois écrit l'histoire" écrit une jeune habitante du Caire sur Twitter. Les réseaux sociaux étaient inondés de réactions de joie des anti-Frères musulmans mercredi soir. "C'est fini, nous avons réussi, c'est notre temps maintenant, celui de la liberté, l'égalité et la justice", confie un jeune démocrate joint au Caire. Le temps est à la fête.

"Personne à proposer" pour prendre la tête du pays

Avant un réveil douloureux jeudi matin ? "Nous verrons cela demain, pour le moment c'est la joie", estime un autre manifestant, joint au Caire, qui refuse de considérer l'armée comme désormais au pouvoir dans le pays.

Certes, celle-ci a annoncé, comme l'avait réclamé le mouvement Tamarrod, une élection présidentielle anticipée. "Mais pour voter pour qui ?" s'interroge Sophie Pommier. Ce mouvement "n'a personne à proposer. Tamarrod n'est qu'un mouvement qui a donné un mot d'ordre et qui n'a pas de programme politique". Le problème récurent de l'opposition en Egypte aujourd'hui : "en dehors des salafistes, dont le programme est l'application pure et dure de la Charia, les autres ne sont unis que par la demande de départ des Frères musulmans. Et il est assez significatif d'avoir ce même slogan – "Erhal !" - Dégage ! – qu’en 2011, car c'est demander le départ de ce qu'on a, sans savoir ce qu'on voudrait à la place."

Des anciennes figures de l'opposition parviendront-elles finalement à faire leur place sur le nouvel échiquier politique égyptien ? "L'opposition a eu deux ans pour se mettre en ordre de bataille et ne l'a pas fait. Ces hommes sont dans une logique d'ego, ensemble seulement dans la dénonciation. C'est gravissime", souligne l'experte. Le nom de Mohamed El Baradei revient sans arrêt. C'est lui qui semble incarner cette révolution de velours. "Mais si El Baradei n'a pas été capable de structurer l'opposition en deux ans, je ne vois pas ce qu'il va pouvoir faire en quelques semaines…", souligne Sophie Pommier.
Aucune concurrence aux Frères musulmans

"Il faudrait arriver à un consensus politique, mais trouver une plate-forme politique dans laquelle tout le monde – des libéraux aux salafistes – se retrouve est extrêmement difficile. Il manque aujourd'hui une ou des personnalités responsables, charismatiques, capables de faire des concessions", regrette la chercheuse qui souligne "qu'aucun parti ne peut concurrencer actuellement les Frères musulmans, ni en terme d’organisation ni pour l’action sur le terrain. Il n'y a personne pour leur donner la contradiction, à part peut-être les salafistes." Des salafistes dont le parti le plus important, Al-Nour, a, selon son porte-parole, participé aux négociations, avec le ministre de la Défense Al-Sissi, qui ont conduit à la chute de Morsi.

Ce mercredi, ils étaient donc tous liés pour faire chuter les Frères musulmans, sous la tutelle de l'armée. Mais, tard dans la nuit, un nouveau slogan est déjà chanté : "Plus de Morsi, c'est fait. Plus de militaires, ça vient". La révolution disparate qui reprochait à Morsi tant son incurie que son impéritie n'a peut-être pas dit son dernier mot. Même si son avenir politique reste très flou.

Source : Lenouvelobs.com


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Le général Al-Sissi, nouvel homme fort de l'Egypte

Le ministre de la Défense, qui est également général, veut placer l'armée dans un rôle central après la destitution de Mohamed Morsi.

Le ministre égyptien de la Défense, le général Abdel Fattah Al-Sissi, qui apparaît comme l'homme fort du pays, veut placer l'armée dans un rôle central pour résoudre la crise actuelle, après la destitution de Mohamed Morsi. Il va chercher aussi à dissiper les craintes d'un retour à un pouvoir militaire direct comme celui qui a suivi la chute de Hosni Moubarak. S'il ne s'est pas adressé personnellement aux manifestants massés à travers le pays depuis trois jours, il a fait envoyer au-dessus du Caire des hélicoptères militaires déployant le drapeau national, salués par les manifestants hostiles au président Mohamed Morsi qui lançaient "l'armée et le peuple, unis".

Une semaine avant les manifestations géantes contre le président islamiste, le général Sissi avait jugé du devoir des forces armées "d'intervenir pour empêcher l'Égypte de plonger dans un tunnel sombre de conflit et de troubles" et pour prévenir "l'effondrement des institutions de l'État". L'ultimatum du commandement militaire donnant jusqu'à mercredi au président islamiste pour "satisfaire les demandes du peuple" porte à l'évidence sa marque. Sa photo en uniforme était affichée à l'écran pendant la diffusion du texte à la télévision. Cette intervention fracassante dans la crise a toutefois amené l'armée à diffuser un communiqué affirmant qu'elle ne voulait pas faire un "coup", mais pousser à un règlement politique.
Al-Sissi s'était heurté aux Frères musulmans

"Le général Sissi avait déjà essayé à la fin de l'année dernière de promouvoir un consensus national lors de la crise autour de la nouvelle Constitution, mais il s'était heurté à l'époque au refus des Frères musulmans", rappelle Mostafa Kamel el-Sayyed, professeur de sciences politiques à l'université du Caire. Pour les politiques et les journalistes qui ont pu l'approcher, sa préoccupation première serait de redorer l'image de l'armée, ternie par la période controversée de gestion du pays par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), de la chute de Hosni Moubarak en février 2011 à l'élection de Momahed Morsi en juin 2012.

Après le court état de grâce qui a suivi la chute de l'ancien président, l'armée s'est retrouvée à son tour conspuée aux cris de "À bas le régime militaire", un slogan faisant écho à celui lancé contre Hosni Moubarak. Abdallah al-Sennaoui, journaliste du quotidien indépendant al-Chourouq qui a rencontré le général Sissi à plusieurs reprises, souligne qu'"il s'est clairement dit affecté par la détérioration de l'image de l'armée et de sa crédibilité" dans sa gestion du pouvoir.
Al-Sissi, l'homme du sérail militaire

Âgé de 58 ans, Abdel Fattah Al-Sissi est de vingt ans plus jeune que son prédécesseur, le maréchal Hussein Tantaoui, vétéran des guerres israélo-arabes et qui fut l'un des plus proches collaborateurs de Hosni Moubarak. La mise à l'écart du maréchal Tantaoui par le président Morsi en août 2012, et son remplacement par Sissi, avait alimenté de nombreuses spéculations sur une mise au pas de l'armée par le pouvoir civil, et sur une possible allégeance de l'institution militaire aux nouveaux dirigeants islamistes auxquels elle était autrefois hostile.

Même s'il participe à un gouvernement où les islamistes sont en force, le général Sissi, qui a fait une brillante carrière d'officier supérieur jusqu'à décrocher le poste sensible et stratégique de chef du renseignement militaire, apparaît avant tout comme un homme du sérail militaire. Il a à plusieurs reprises affiché sa préoccupation "d'augmenter l'efficacité des forces armées", jugées enfermées dans des schémas militaires dépassés, et aujourd'hui en grande difficulté pour faire revenir l'ordre dans la région troublée du Sinaï. Pieux, il a été accusé lors de sa nomination d'être proche des islamistes, mais dans la tradition des militaires égyptiens il est aussi un fervent admirateur de l'ancien président nationaliste Gamal Abdel Nasser.

Né au Caire en novembre 1954, diplômé en sciences militaires de l'académie militaire égyptienne en 1977, il a ensuite étudié dans une académie militaire britannique en 1992 avant de rejoindre, comme de nombreux officiers égyptiens, une école militaire américaine en 2006. L'armée égyptienne a des liens étroits avec l'armée américaine, qui lui apporte la majeure partie de son équipement et assure une grande partie de son entraînement. Depuis les accords de paix égypto-israéliens de 1979, l'armée égyptienne reçoit une aide importante de Washington, qui se monte actuellement à 1,3 milliard de dollars par an.

Source : AFP / Lepoint.fr


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