Le gouvernement tunisien durcit le ton face aux salafistes et djihadistes 

Samedi 18 mai 2013, un important dispositif sécuritaire avait été mis en place à Kairouan, haut lieu de l'islam dans le centre de la Tunisie, où devaient se réunir en meeting les djihadistes d'Ansar al-Charia, malgré l'interdiction du gouvernement. La mosquée Okba Ibn Nafaa, où s'était tenu l'an dernier le second congrès annuel d'Ansar al-Charia qui avait réuni quelque 5 000 personnes, est fermée ce dimanche. "C'est la première fois, je crois", pense Cheikh Taieb Ghozzi, principal de la mosquée Okba Ibn Nafaa, d'obédience malékite, qui prêche depuis les années 1980.

C'est sur cette même place vide, derrière les remparts de la vieille ville, que, l'an dernier, Abou Iyadh, de son vrai nom Seifallah Ben Hassine, vétéran d'Afghanistan, avait fait allégeance à Oussama Ben Laden et présentait un programme social basé sur la charia. Il est désormais recherché par les autorités pour son rôle présumé dans l'attaque de l'ambassade américaine de Tunisie, en septembre dernier, qui avait fait quatre morts.

Le gouvernement a récemment durci le ton face aux djihadistes, qu'il accuse d'être en lien avec les événements de Chaambi, près de Kasserine, où une quinzaine d'agents des forces de l'ordre ont été blessés par des mines artisanales. Mais aussi après l'assassinat d'un policier près de Tunis, où les djihadistes sont aussi montrés du doigt. "Il y a eu des pressions de l'opinion publique, mais aussi peut-être de l'appareil sécuritaire sur le gouvernement pour intervenir. Sans oublier que le dialogue national apaise la situation politique et permet à Ennahda de s'attaquer au problème sécuritaire. Mais là, ils ciblent des actions pacifiques comme la prédication", commente Michael Ayari, chercheur à l'International Crisis Group, qui mettait en garde dans un rapport contre une réponse sécuritaire.

"Jeu politique"

La semaine dernière, des tentes de prédication ont été démantelées par les autorités, faute d'autorisation. Des échauffourées ont éclaté. Peu après, de sa cachette, le leader du mouvement djihadiste, Abou Iyadh, lançait un message virulent au gouvernement : "Vous ne combattez pas des jeunes, mais la religion d'Allah. (...) Nos jeunes ont remporté des victoires pour défendre l'islam en Afghanistan, en Tchétchénie, en Irak, en Somalie et en Syrie. Ils n'hésiteront pas à se sacrifier pour la défendre en terre de Kairouan."


Seifeddine Erraies, porte-parole du mouvement, affirmait jeudi qu'aucune demande d'autorisation n'avait été formulée par le mouvement. Une association avait bien tenté de faire la demande en leur nom auprès du gouverneur, "mais pendant la conférence de presse, ils (les membres d'Ansar, NDLR) ont insulté les forces de l'ordre", explique le gouverneur. Le gouvernement sera "responsable de toute goutte de sang versée", avait en effet lancé Seifeddine Erraies, avant d'être, semble-t-il, arrêté la nuit dernière. "Il s'agit d'un mouvement djihadiste qui joue sur la rhétorique anti-système, comme le fait le leader. Mais, d'un autre côté, ils agissent pragmatiquement, comme ils sont en train de le faire sur les pages Facebook en lançant des appels au calme", commente Fabio Merone, chercheur italien, spécialiste de la mouvance djihadiste.

Soutien des djihadistes d'Aqmi et de Syrie

"Le gouvernement veut faire croire à la population que ce mouvement est un danger. Mais en quoi des tentes de prédication sont-elles dangereuses ? Il s'agit d'un jeu politique dont l'une des conséquences sera la répression des salafistes djihadistes", craint Bilel Chaouachi, jeune imam djihadiste, qui écume les plateaux télé tunisiens. Prosélytisme, actions caritatives, soins médicaux gratuits..., les jeunes du mouvement sillonnent le pays pour aller à la rencontre de la population. "Ansar al-Charia est une organisation dont la logique est, selon moi, politique. À leurs yeux, ils ont le droit de faire un congrès, comme les autres. Sinon, cela signifie pour eux qu'on les empêche d'exister", analyse Fabio Merone, qui précise que "les négociations se poursuivent en coulisse". Ansar al-Charia en Libye, des djihadistes de Syrie ou encore al-Qaida du Maghreb islamique ont envoyé des messages de soutien au mouvement tunisien.

Tandis que les cheikhs avaient appelé les jeunes d'Ansar al-Charia à reporter le meeting à la semaine prochaine, des réunions ont lieu dimanche, dans différentes villes de la banlieue de Tunis. Vers midi, des affrontements ont éclaté entre jeunes et policiers à la cité Ettadhamen, dans l'ouest de Tunis, et à Kairouan, avant d'être rapidement dispersés.

Source : Le Point.fr

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