La police française veut reconquérir les cités du Nord de Marseille...

Mardi, 15 heures : une centaine de policiers débarquent au Clos La Rose, une cité du 13e arrondissement dans le nord de Marseille, gangrénée par le trafic de drogue. La brigade des stups entre dans le hall 41, une cage d'escalier dans laquelle les habitants ont déserté les logements au profit des dealers. Deux "charbonneurs", ces revendeurs au pied des immeubles, se sont réfugiés au quatrième étage, dans un appartement squatté par des trafiquants.

La porte est blindée. Après plusieurs coups de bélier, elle cède, éventrée, et les deux jeunes sont menottés. Pendant ce temps, d'autres adolescents, lunettes de soleil et capuche enfoncée, ont déserté la cité et rôdent au loin. Des chiens renifleurs de drogues ou d'armes font le tour des caves.

Des opérations d'ampleur

Jusqu'à il y a peu, la police s'arrêtait là, après une opération "coup de poing". Mais, depuis plusieurs mois, la police marseillaise teste une nouvelle méthode pour s'attaquer aux trafics de stupéfiants dans les cités, en lançant des opérations d'ampleur dans les cités, souvent théâtre de règlements de comptes meurtriers et faisant partie des zones de sécurité prioritaires (ZSP) mises en place par le gouvernement Ayrault. Ces actions qui peuvent durer un mois, associent également d'autres administrations de l'État.

Ainsi, au lendemain de l'opération des stups au Clos la Rose, c'est le préfet de police Jean-Paul Bonnetain en personne, qui, à la tête d'une compagnie de CRS, investit de nouveau la cité. "Il faut aussi reconquérir la confiance", lance-t-il, expliquant sa nouvelle méthode : une "approche globale". Les acteurs sociaux, les bailleurs, les associations et autres services de l'État profitent du climat apaisé pour intervenir.

Au deuxième jour de l'opération, les CRS sont postés aux entrées de la cité. Un motard qui essaie de se soustraire au contrôle est interpellé et dépisté positif à la drogue. "Probablement un acheteur venu s'approvisionner", dit le commissaire divisionnaire, Fabrice Gardon, l'un des conseillers du préfet de police, expliquant qu'il s'agit "d'asphyxier le trafic en dissuadant les consommateurs". Pendant ce temps, les fonctionnaires de la PAF contrôlent boucherie, bar-tabac ou marchands de kebabs. Plusieurs procédures pour travail dissimulé sont dressées.

On attaque tout ce qui ne respecte pas la loi

On s'attaque à tout ce qui ne respecte pas la loi", souligne le commissaire Gardon. "Après la phase répressive, il y a une phase dissuasive (...), la troisième phase, c'est l'amélioration du cadre de vie : on travaille avec le bailleur pour qu'il puisse faire les travaux impossibles habituellement. Avec la police municipale, on enlève les épaves de voitures", explique le policier.

Le commissaire précise qu'il y a une quatrième phase, "sociale", de coordination avec les associations, l'Éducation nationale, notamment sur le décrochage scolaire ou la formation.

Fabrice Gardon indique enfin qu'il y a "un service après-vente" : "on revient ensuite pour des frappes chirurgicales".

Il faut réinvestir la place

Christophe Masse, le président de l'office public HLM, 13 Habitat, propriétaire du Clos la Rose, affirme qu'il va profiter de la présence de la police, de ce "temps d'apaisement", pour faire des travaux. "Nos agents ou le facteur ne pouvaient plus entrer l'après-midi (pendant les heures de deal, NDLR). Maintenant, on va réinvestir la place", dit-il. "Nettoyage des parties communes, caves murées", le président de l'office HLM souhaite surtout pouvoir rapidement "rénover les 10 appartements" du bâtiment 41, pour pouvoir faire revenir des locataires que les trafiquants avaient fait fuir.

Pour le préfet Bonnetain, cette cage d'escalier désertée par ses habitants, jonchée de détritus, encombrée de barrières de chantier pour en "privatiser l'utilisation", est l'exemple même de ce qu'il ne veut plus voir.

"Ce que l'on veut, c'est réinvestir l'espace public", souligne également Marie Lajus, préfet délégué à l'égalité des chances, autre cheville ouvrière de "l'approche globale". Ancienne commissaire, elle sait que la police ne peut pas tout.

À Bassens et à la Paternelle, deux autres cités sensibles de Marseille que les forces de l'ordre ont visitées en janvier 2013, des chantiers éducatifs encadrés par des éducateurs de rues ont été proposés à des jeunes. "Pour les habitants, ça donne un sens différent à l'action policière", explique Marie Lajus.   

Source : Le Point.fr


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