FREMM (frégate multimissions)

On a beau connaitre un peu les questions navales, une visite à bord (lors de l'Université d'été de la défense, à Brest) de la nouvelle frégate Aquitaine laisse pantois. Avec la première, on change vraiment d'époque et on peut dire adieu à la Marine du XXème siècle.

Ses formes furtives rappellent celles des frégates de la classe Lafayette, mais c'est à l'intérieur que les choses changent. D'abord une impression d'espace, presque de vide: le bâtiment de 6.000 tonnes est servi par un équipage de seulement 108 marins, y compris le détachement aéro. A titre de comparaison, il fallait près de 400 hommes pour armer les frégates Suffren... L'automatisation et la rationalisation ont été poussées à l'extrême et l'investissement technologique permet de réduire le personnel et les coûts afférents. Trop ? C'est une vraie question que la Marine prend au sérieux. En cas de guerre, une centaine d'hommes seront-ils assez nombreux pour lutter contre les sinistres (incendies, etc). Comme c'est déjà le cas sur les BPC, toute l'organisation du travail à bord doit être repensée.

L'Aquitaine se commande depuis de grands écrans plats multifonctions, que ce soit sur la passerelle (trois hommes ou femmes assis) d'où les cartes papier ont disparu, le PC propulsion où les mécaniciens sont confortablement installés loin des machines ou le très impressionnant central opérations : rien n'y rappelle que l'on est à bord d'un bateau. La salle est vaste, les murs nus, les marins sont devant de grands écrans plats tous semblables.

C'est depuis le central opérations que l'on ferait la guerre, même si, pour les actions de l'Etat en mer, tout peut être commandé depuis la passerelle. L'Aquitaine est un vrai croiseur de première ligne. Sa dominante est la lutte anti-sous-marine : elle dispose d'un sonar remorqué (actif et passif) de très basse fréquence, d'un sonar de coque et d'un hélicoptère Caïman (NH90), lui aussi équipé d'un sonar et de bouées acoustiques, le tout fonctionannt en réseau. Pour détruire les sous-marins, des 19 torpilles légères MU-90 qui peuvent être lancées depuis le bateau et l'hélicoptère.

En antiaérien, la frégate dispose d'un radar Herakles (250 km de portée) et de 16 missiles Aster 15 - qui sont tirés verticalement depuis l'avant du bateau, juste derrière la tourelle du canon de 76 mm. Ce canon antiaérien peut également tirer contre des objectifs à terre, même si sa munition n'est pas très importante. En revanche l'Aquitaine est armée de 16 missiles de croisière navale - d'une portée de l'ordre de 1000 km avec une précision métrique. On est là, évidemment, dans la frappe stratégique. En mer-mer, l'Aquitaine dispose, outre son canon, de 8 missiles Exocet. Sans oublier, une embarcation lourde et rapide (drome) pour transporter des commandos.
Bref, du sérieux.

La propulsion est assurée par quatre diesel qui alimentent deux centrales électriques, une propulsion discrète qui permet d'atteindre 16 noeuds. Pour des vitesses supérieures, jusqu'à 27 noeuds, il faut lancer la turbine à gaz.

Signe des temps : la frégate est écologique puisqu'elle ne rejette que de l'eau, les déchets humains et mécaniques étant stockés pendant 45 jours. Et pour le confort de l'équipage, les marins d'antan apprécieront de savoir qu'il y a des douches et toilettes dans tous les postes !

L'Aquitaine (D 650) est toujours sous la responsabilité de son constructeur DCNS, même si elle a déjà son équipage. L'acceptation par la Marine nationale devrait avoir lieu avant la fin de l'année - avec quelques mois de retard -  puis la frégate entrera dans la phase de vérification des capacités militaires (VCM). Sous les ordres du capitaine de vaisseau Benoit Rouvière, elle partira alors pour une traversée de le longue durée dans les eaux froides et chaudes... sans doute les Antilles. Voilà qui changera du tour de l'île de Groix !

Construite à Lorient depuis 2007, l'Aquitaine devrait être admise au service actif en 2013. Sauf restrictions budgétaires, dix autres FREMM devraient suivre pour former l'armature de la Marine au cours des quarante prochaines années.

Il s'agit d'un programme franco-italien : 11 pour la France, 10 pour l'Italie et déjà une vente à l'export, au Maroc. 

Source : Secret Défense

* * *