Suite à l’annonce de l'appartenance au FLN, durant la guerre d’Algérie, de l’ancien maire de Lutterbach, Roger WinterhalterRoger Winterhalter, le général Georges Pormente, autorité militaire la plus élevée du Haut-Rhin, demande au préfet de lui retirer sa carte du combattant.

La révélation dans les colonnes des DNA le 9 août 2012 («Un moudjahidin nommé Roger ») de l’aide apportée au Front de Libération Nationale (FLN) par Roger Winterhalter alors qu’il était appelé dans l’armée française, continue de susciter des réactions virulentes et blessées parmi les associations d’anciens combattants de la guerre d’Algérie.

Dernière en date: le général de corps d’armée Georges Pormente a écrit mardi au préfet du Haut-Rhin, Alain Perret, et au cabinet du ministre délégué aux anciens combattants, pour leur demander d’intervenir « pour que la carte du combattant de l’armée française soit retirée » à l’intéressé.

«Des activités coupables»

« Certes, la loi d’amnistie, dans une louable volonté d’apaisement, couvre vraisemblablement les activités coupables à l’époque de Roger Winterhalter durant son service militaire en Algérie. Mais je n’avais pas imaginé que ce monsieur, ayant trahi son pays, infiltré des rebelles dans l’armée, volé des armes et des munitions, et organisé la désertion de 17 soldats, ait pu avoir le cynisme de demander et d’obtenir la carte du combattant de l’armée française. Je ne sais si l’origine de sa demande d’obtention de cette carte est due à des considérations électoralistes, mais je sais qu'en tant que maire, il a dû présider de très nombreuses manifestations patriotiques devant le monument aux morts de sa commune, lu de nombreux messages patriotiques officiels et pleurer officiellement les victimes de la guerre d’Algérie dont certaines ont peut-être et même probablement été tuées par le résultat de sa trahison à l’époque », écrit le général Pormente.

Joint aujourd’hui par les DNA, Roger Winterhalter, qui a reçu jeudi une copie du courrier, confirme qu’il a bien reçu la carte du combattant.

«Fidèle à mes convictions pacifistes et humanitaires»

« Je l’ai eue, mais je ne l’ai jamais réclamée, et la petite pension annuelle de 600 € que je perçois, je la reverse régulièrement à une association humanitaire », répond-il, précisant qu’il n’a jamais volé d’armes. « Qu’on me la retire ne me fait ni chaud ni froid. Ce n’était pas électoraliste de ma part, se défend-il. A Lutterbach on a fait un monument à la Vie où un forgeron casse des armes et les transforme en fleurs de la paix. »

L’ancien maire de cette grosse commune du nord de Mulhouse, aujourd’hui président de la Maison de la Citoyenneté Mondiale à Mulhouse, affirme avoir reçu plusieurs lettres anonymes d’insultes et de menaces depuis la parution de son livre-récit, «mais aussi des témoignages de sympathie».

Il dit cependant comprendre l’émoi des uns et des autres. « Mais j’ai toujours agi en temps que citoyen du monde, fidèle à mes convictions pacifistes et humanitaires, car pour moi la terre n’a pas de frontières », rappelle-t-il. Et de conclure... « Avec cette affaire, je comprends que la guerre d’Algérie n’est toujours pas finie ».

Le dossier, très sensible parmi les anciens soldats et habitants d’Algérie, est désormais entre les mains de l’État.

Source : Grégoire Gauchet - Dernières Nouvelles d'Alsace

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