Après avoir fait cause commune pour chasser les forces gouvernementales du nord du Mali, les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad et les combattants islamistes de divers groupes, dont Ansar Dine et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao, dissidence d’al-Qaïda au Maghreb islamique) sont devenus ennemis.

Pourtant, le 26 mai dernier, un accord avait été apparemment trouvé entre Ansar Dine et le MNLA pour créer un « Conseil transitoire de l’Etat islamique de l’Azawad ». Mais il n’avait pas mis longtemps à être dénoncé. La raison est simple : les deux mouvements ne partagent pas la même vision des choses. L’un est laïc et indépendantiste tandis que l’autre est religieux, veut l’application de la loi islamique (charia) et serait favorable à l’unité territoriale du Mali.

Et comme cela arrive souvent en pareil cas, le mouvement le plus puissant finit par imposer ses vues à son ancien allié par la force, dès que le fruit est jugé assez mûr. Ainsi, les islamistes ont fait en sorte de s’assurer la supériorité militaire en empêchant le MNLA de disposer d’armes lourdes récupérées à l’occasion du conflit libyen. Ensuite, ils se sont attachés à « gagner les coeurs et les esprits » des populations en distribuant des vivres – la région est en crise alimentaire – et en assurant qu’ils voulaient garantir l’unité territoriale du Mali.

Déjà maîtres de Tombouctou et de Kidal, les islamistes ont jugé qu’il était temps de s’emparer de la ville de Gao, là où le MNLA avait établi son quartier général. Ce qui a été fait le 27 juin, au terme de violents combats. En clair : les combattants touareg ne comptent plus aucune place forte dans l’Azawad.

Au cours de l’assaut, mené par des combattants du Mujao, qui ont utilisé des mortiers et des armes lourdes, une vingtaine de rebelles touareg ont été tués, dont très probablement le colonel Bouna Ag Tahib, qui avait déserté l’armée malienne pour rejoindre les rangs du MNLA. Par ailleurs, le secrétaire général de l’organisation indépendantiste touareg, Bilal Ag Achérif, aurait été blessé et évacué vers un pays voisin du Mali. Le sort d’un autre responsable, Mahamadou Djeri Maïga, reste également incertain.

Après une telle défaite, l’on voit mal comment le MNLA peut rebondir alors qu’il est à court de moyens et miné par des tensions internes. Et une contre-attaque sur Gao, après avoir rassemblé ses forces encore présentes dans certaines localités du Nord-Mali, paraît improbable.

Du coup, c’est une situation nouvelle que devront appréhender les autorités de transition à Bamako, lesquelles ont pris le relai de la junte militaire qui déposa le président Touré le 22 mars dernier.   

Source : Zone Militaire

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