Montauban, Toulouse... Similitudes ou coïncidences ?
Les militaires ont été abattus par un homme à scooter avec une arme de même calibre...

L'assassinat a été perpétré hier 15 mars 2012 vers 14 h 15 devant le distribanque d'un mini-centre commercial, rue du Premier Bataillon de choc à Montauban.

Cet ensemble de cinq commerces se trouve à seulement dix mètres du mur d'enceinte du quartier Doumerc d'où sortaient, en tenue, trois militaires du 17e RGP, le régiment phare de la ville, fort d'un millier d'hommes. Il y a du monde dans le tabac-presse ; devant le distributeur de billets, une infirmière accompagne un pensionnaire de la maison de retraite voisine qui vient retirer de l'argent.

L'opération réalisée, elle cède sa place aux trois militaires dont un va faire un retrait avec sa carte. C'est à ce moment-là qu'un homme casqué avec un scooter gris noir garé non loin de l'entrée du marchand de journaux surgit avec une arme de poing et tire de façon déterminée sur les trois militaires, les abattant l'un après l'autre de plusieurs balles dans la tête ou dans le haut du corps.

Le suspect toujours dans la nature

Le premier soldat s'effondre juste à côté du distribanque, le corps coincé entre le mur et un petit fourgon de livraison. C'est lui, qui a été transféré dans un état désespéré au centre hospitalier de Montauban où l'équipe médicale a pu lui enlever la balle reçue en pleine tête. Peu avant 20 heures, il a été évacué vers les urgences du CH Rangueil, à Toulouse, escorté par des gendarmes. Le second militaire tombe, lui, sur le trottoir. Il décédera rapidement malgré des massages cardiaques et les interventions des équipes du SAMU 82 et des pompiers Montalbanais arrivés en temps record sur place. Le troisième, celui qui retirait l'argent, a tenté de fuir pour se réfugier plus loin, mais il a été rattrapé par le tueur qui lui fait subir le même sort devant la boulangerie voisine. Il a tiré à plusieurs reprises sur cet homme qui a été tué sur le coup.

La fusillade a été rapide, quelques dizaines de secondes à peine. Le tueur avec un casque à visière noire est ensuite remonté sur son scooter, filant droit vers le centre ville.

Militaires et policiers sont très vite arrivés sur place pour recueillir les premiers témoignages. Le plan Épervier a immédiatement été déclenché sur l'ensemble du département, mobilisant des dizaines de policiers et gendarmes appuyés par l'hélicoptère de la gendarmerie nationale. Malgré la rapidité de la réaction et l'importance des moyens engagés le pilote sur son deux-roues s'est évaporé dans la nature. À 19 heures, hier, le dispositif était levé et remplacé par des patrouilles qui devaient sillonner la nuit durant l'ensemble du département. 

Le ministre de la Défense exprime sa solidarité aux militaires sous le choc.
Les parachutistes montalbanais sont sous le choc. Après la mort de quatre de leurs camarades dans les opérations en Afghanistan, entre juin et septembre 2011, ils perdent deux nouveaux militaires du 17e RGP, froidement abattus hier après-midi, en pleine ville de Montauban.

Grièvement blessé dans la fusillade, un troisième militaire a été évacué dans la soirée vers un hôpital toulousain, toujours dans un état critique. « On est comme vous. On ne comprend pas ce qui a pu pousser cet homme à ouvrir le feu. C'est innommable. Excusez-moi, mais je ne suis pas habilité à vous parler », glisse ce jeune militaire en civil qui retient ses larmes en observant les enquêteurs en plein travail. Ce jeune homme vient de perdre des camarades d'armes, mais aussi des amis. Le caporal Abel Chenoulf, 24 ans et le première classe Mohamed Legouad, 26 ans. Le caporal Loïc Lieber, 28 ans étant, lui, toujours entre la vie et la mort, hier soir, à Toulouse.

Le colonel Patrick Poitou, chef de corps du 17e Régiment du génie parachutiste de Montauban n'a pas souhaité s'exprimer hier sur le drame. La consigne a été de se taire et de laisser travailler les enquêteurs. La rumeur, selon laquelle le colonel aurait réuni ses hommes dans l'après-midi pour calmer une certaine tension dans le régiment a été démentie.

Vers 21 heures, le ministre de la défense Gérard Longuet s'est déplacé à Montauban : «Mon déplacement à cet instant, c'est une marque de solidarité pour le 17e RGP que je connais bien. Je souhaite exprimer ma sympathie, ma solidarité aux cadres et à l'ensemble des soldats de ce régiment, mais également la détermination des pouvoirs publics de poursuivre le plus rapidement possible une enquête qui sera la plus approfondie possible.»

Le ministre a reconnu certaines similitudes avec l'exécution d'un autre militaire dimanche à Toulouse. « C'est un lien qui mérite d'être examiné. Mais dans une enquête, l'histoire de chacun, la vie de chacun, l'expérience de chacun, rien ne doit être écarté et c'est à l'autorité judiciaire d'explorer toutes les pistes. »

Les militaires seraient-ils aujourd'hui visés, menacés même sur le territoire national? A cette question, Gérard Longuet a répondu fermement : « Le militaire est connu, reconnu et apprécié de la population. Tout le monde peut être visé par un fou. Les militaires n'ont pas à raser les murs. »

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"Je voyais les flammes sortir du canon"

«Des coups de feu à répétition... Un tueur, au visage dissimulé derrière un casque noir, extrêmement déterminé et méthodique, qui abat deux militaires en uniforme et en laisse un autre à terre, entre la vie et la mort...» Les nombreux témoins de la fusillade qui s'est produite, hier, vers 14 h 15, sur le parking de ce petit ensemble commercial de cinq boutiques, voisin de la caserne du 17e RGP de Montauban, décrivent tous une scène d'une rare violence.

Monique a ainsi accompagné un de ses patients au distributeur bancaire puis au tabac. En attendant, cette infirmière en psychiatrie est restée au volant de sa voiture. Elle a tout vu : « Les trois jeunes militaires arrivaient devant le distributeur. L'un d'entre eux avait une scie dans la main. Quand j'ai entendu les premières déflagrations, j'ai cru qu'ils s'amusaient. Très vite, j'ai vu cet homme avec un casque noir qui leur tirait dessus. Il a fait feu à plusieurs reprises sur un premier militaire, puis sur un second. Le troisième, qui retirait de l'argent a tenté de se sauver. Mais il est tombé lui aussi, quasiment devant mes yeux. Le tireur, c'est sûr, ne visait que les militaires. A la tête... J'étais à côté, il aurait pu aussi me tuer.

Il est reparti vers son scooter et s'est enfui vers le centre ville. C'est quelqu'un de jeune, je pense, de trapu. Il a tiré une quinzaine de coups de feu au moins. » Michèle Lafon, l'employée du bureau de tabac raconte une heure après la tragédie : « Je vois encore les flammes sortir du canon. Il a abattu le dernier militaire comme un animal. On se demande tous si on n'a pas vécu un cauchemar.»

Employée de mairie, Carole Leblanc confirme aussi que « tout est allé très vite dans cette tuerie. On a l'impression qu'il attendait les militaires. Un vrai guet-apens. Aux premières détonations, quelqu'un nous a crié : les filles, cachez-vous, cachez-vous. J'ai personnellement plongé sous le rayon des magazines dans le bureau de presse-tabac. Je ne savais plus où me mettre. »

Autour du petit centre commercial, le boulanger, l'épicier… tous ont entendu les coups de feu et n'ont jamais imaginé un instant qu'il pouvait s'agir d'une fusillade : « Au début, j'ai cru que c'était des gamins qui s'amusaient. Il y a des enfants qui passent ici avant d'aller à l'école ou en revenant. Après, c'est un sentiment terrible. On ne sait plus où se mettre, quoi faire », indique une autre employée d'un commerce.

À une centaine de mètres du lieu du drame, comme tous les jours, Claude Echevéria discute avec ses amis sur le Cours Foucault, avant d'entamer une partie de pétanque. «Nous avons entendu les coups de feu, comme une pétarade dans une fête foraine. Je me suis approché et j'ai découvert tout autre chose. j'ai vu les trois hommes allongés, criblés de balles, au thorax, à l'abdomen, à la tête… Et des douilles partout sur le parking. Pour moi, c'est du 9 millimètres.. .», assure ce CRS à la retraite.

Sous le choc, les voisins ne parviennent pas à réaliser : « Il y a toujours du monde dans ce petit centre commercial. En particulier, à cette heure-là du début de l'après-midi. Les gens viennent chercher des journaux, des cigarettes et des boissons…»

Source : Thierry Dupuy  La Dépêche.fr


NDLR FNCV : Cet assassinat du caporal Abel Chenoulf, 24 ans et du parachutiste de première classe Mohamed Legouad, 26 ans, ainsi que la tentative d'assassinat du caporal Loïc Lieber, font suite au meurtre du maréchal des logis-chef Imad Ibn-Ziaten, appartenant au 1er Régiment du Train Parachutiste. Ce sous-officer âgé de 30 ans, a été abattu à Toulouse le 11 mars 2012, pour une raison inconnue, avec une arme de même calibre, par un homme casqué à scooter. Cette affaire est donc d'une extrême gravité !

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