La perte du triple A de la France... Il faut jeter les masques !

Il faut espérer que la perte de notre triple A, ce « trésor national » bien caché, dont la plupart des Français ne soupçonnaient même pas l'existence jusqu'à ces derniers mois, ne constituera pas, comme quelques commentateurs empressés le soutiennent déjà, le «tournant» de cette campagne présidentielle.

Le général de Gaulle s'indignait qu'on puisse penser que la politique de la France se faisait « à la corbeille », ce ne serait assurément pas mieux si le choix du chef de l'Etat se décidait in fine dans les bureaux de Standard & Poor's. Nicolas Sarkozy, bien imprudent d'avoir fait du « totem » de la notation un des marqueurs symboliques de sa crédibilité gestionnaire, a raison de laisser sa garde rapprochée marteler que la dégradation du crédit de la France sur les marchés internationaux est la conséquence logique, et presque inévitable, de l'affaiblissement collectif des pays de la zone euro, incapables d'apporter une solution durable à la crise de la dette grecque.

Mais, en même temps, le fait que l'Allemagne et les Pays-Bas échappent à la rétrogradation, ou que d'autres membres de la zone euro, comme l'Espagne et l'Italie, soient plus sanctionnés que nous - montrant ainsi que la question de la gouvernance ne peut pas être évacuée si facilement - interdit au pouvoir politique, et d'ailleurs à l'ensemble de la classe politique, de fuir leurs propres responsabilités.


Bien plus que telle ou telle politique, c'est un modèle de développement qui se trouve fondamentalement mis en cause par la fin du triple A français. Celui d'une économie de l'endettement qui a servi de moteur de plus en plus exclusif, par le biais de la consommation - elle-même entretenue par l'injection massive des transferts sociaux -, à la croissance du pays.

Un choix collectif qui s'appuie sur pas mal de faux-semblants comme en témoigne, mais ce n'est là qu'un exemple parmi d'autres, la quasi-sacralisation de notre modèle social. Paralysés face au risque que représenterait une réforme ambitieuse de la Sécurité sociale, les gouvernements qui se succèdent depuis le début des années 1990 ont préféré tolérer cette hérésie consistant à faire appel à l'emprunt pour payer des prestations sociales qu'ils n'arrivaient plus à financer faute de pouvoir recourir à de nouveaux prélèvements (ndlr : Impôts et taxes).

A chaque crise, on se félicite de l'efficacité de nos « amortisseurs sociaux » oubliant qu'en moins de deux décennies, la part des dettes de la Sécurité sociale dans le PIB a été pratiquement multipliée par cinq. Un scénario qui s'est répété avec la même constance à tous les échelons de la dépense publique.

Aujourd'hui, les Français accumulent les signes de dépression, ils seraient l'un des peuples les plus angoissés et les plus défiants du monde, alors que leur « art de vivre » continue de faire l'envie de la planète. C'est sans doute qu'ils sont eux-mêmes taraudés par le pressentiment que ce statut envié ne tient plus que grâce à une forme d'usurpation comptable qui s'appelle la dette.

Puisse l'affaire du AAA nous obliger tous à mettre enfin bas les masques.

Source : Henri Gibier - Les Echos

NDLR FNCV : A présent, il ne manque plus qu'un homme politique providentiel (il le sont quasiment tous, d'après ce qu'ils disent) qui déclare avec la solennité qui sied bien au teint :

"Françaises, Français, nous sommes au bord du gouffre, mais grâce à moi, nous allons faire un grand pas en avant !"

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