La guerre en Libye est "en train de bouffer le potentiel"  de la Marine nationale

L'amiral Pierre-François Forissier, chef d'état-major de la marine nationale, a exprimé le 10 juin 2011 devant l'AJD (Association des journalistes de défense), de sérieuses préoccupations sur l'effet des opérations libyennes sur les ressources techniques et humaines de son armée marine.

Tout en affirmant que les forces navales ne se trouvent pas en "surchauffe", il ajoutait aussitôt : "Nous consommons de façon intensive un potentiel qui aurait dû être consommé de façon régulière tout au long de l'année." Les navires militaires français sont prévus pour naviguer une centaine de jours par an. Les ressources humaines de la marine sont calculées à l'aune de ces potentiels. Au-delà, les navires sont difficilement maintenus en condition, les personnels souffrent de "trous" dans leurs formations et leur entraînement, et des tensions apparaissent dans les familles. Le cas d'un BPC ayant effectué 200 jours de mer en 2010 est cité comme l'exemple à ne pas suivre !

Les marins ne sont pas des pompiers

L'amiral a été explicite : si le groupe aéronaval déployé au large de la Libye rentre à Toulon "avant les vacances d'été", c'est-à-dire avant le 14 juillet - dans moins de quatre semaines -, alors "il faudra un délai de six mois" pour que le fer de lance de la marine retrouve sa pleine capacité. Mais ensuite, ça se corse ! "Si nous sommes en mer après l'été, ce sera un mois de plus dans la vue tous les quinze jours ! Si nous sommes encore en mer fin 2011, il n'y aura pas d'opérations en 2012." Et de conclure sur ce chapitre : "Vous ne ferez pas la permanence à la mer avec un seul porte-avions. Mais la décision ne m'appartient pas."

C'est bien connu, la franchise des officiers généraux est inversement proportionnelle au temps qu'il leur reste à passer sous les drapeaux. L'amiral Forissier, qui part dans quelques semaines cultiver ses roses, en a gros sur le coeur et se lâche contre les politiques : "On nous prend pour des pompiers !" regrette-t-il. Mais c'est pour confier derechef que les ordres reçus sont suivis : "Quand l'alarme a sonné, on met tout dessus et on y va. Toutes les missions qu'on nous a ordonnées, on les a exécutées."

Source : Jean Guisnel - Le Point.fr

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