La multiplication, ces derniers mois, d’attaques spectaculaires menées par des voyous issus des cités lyonnaises autour de Genève inquiète nos voisins helvètes. Qui tentent de réagir.

Les bandits français attaquent avec des armes de guerre banques et horlogerie suisse...

A peine 160 kilomètres séparent les deux agglomérations.
Kalachnikov, explosifs, fusillades, courses-poursuites… Depuis quelque temps, des scènes «dignes du Far West » déconcertent nos voisins de Suisse romande confrontés à une criminalité importée de France et qui se joue des frontières. Dernière « incursion » en date : Le Sentier, canton de Vaud, le 14 décembre dernier. Ce jour-là, deux Français sont arrêtés après une prise d’otages dans une horlogerie. Cinq jours plus tôt, à Collonge-Bellerive, dans le canton de Genève, des truands attaquaient une banque à l’arme lourde, découpant au passage une vitre blindée. En vain : ils échoueront finalement à s’emparer du contenu du coffre mais tireront un coup de feu avant de prendre la fuite vers la France. En novembre, à Thonex, toujours dans le canton de Genève, c’est cette fois un Lyonnais qui est interpellé après une tentative de braquage à l’explosif suivi d’une fusillade devant un bureau de change. En avril, dans le canton de Fribourg, il y a eu un mort ; un voleur de voiture de 20 ans, domicilié à Vaulx-en-Velin, tué lors d’une course-poursuite avec la police helvète.

Ces actes de « brigandage », comme les appellent les Suisses, sont le fait de voyous venus de l’autre côté de la frontière, de Lyon ou de l’Isère, et qui déboulent sur Genève via l’Ain et l’autoroute A40. Lancés comme des boulets de canon, ils parcourent 150 kilomètres en moins d’une heure, 45 minutes à peine dans une voiture poussée à 180 km/h, avant de repartir aussitôt leur forfait accompli. Sans laisser le temps aux gendarmes de mettre en place un barrage.

Genève, une mine d'or...

« C’est malheureusement assez simple à comprendre : le canton de Genève compte 100 kilomètres de frontière avec la France, décrypte Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police cantonale genevoise. Il est presque enclavé dans le territoire français. D’où de grandes difficultés pour contrôler la frontière. » Ses hommes ont recensé « 80 cibles potentielles situées à moins de deux minutes de la frontière » : stations-service, bureaux de change, banques, et bien sûr Genève, qui « attire avec ses richesses ». Une « mine d’or », assure carrément la presse suisse.

L’attaque de Thonex, à l’arme de guerre, par une dizaine d’hommes cagoulés, a marqué les esprits. Il y a eu le plasticage d’une banque puis un échange de coups de feu avec la police. Une prise d’otages aussi. Un scénario « digne des meilleurs films de gangsters », jugeait au moment des faits la presse suisse, peu habituée à ce type de scène. Il faut dire que le braquage a eu lieu à une heure de pointe, en plein centre-ville, à quelques mètres à peine d’un poste de gendarmerie que les malfrats croyaient fermé. De nombreux impacts de balles ont été relevés.

Mohammed D., 24 ans, « un individu provenant de la région de Lyon, connu de la police française » pour des vols et des violences, a été blessé et arrêté. Un acte d’une rare violence qui avait poussé Le Matin, le quotidien de Lausanne, à titrer : « La Suisse est devenue l’eldorado des braqueurs français ».

Si la Suisse a toujours constitué une cible du grand banditisme hexagonal, les voyous, des Corses ou des Parisiens, se « contentaient » de casses « à l’ancienne ». Les nouveaux venus viennent des cités, manient des fusils d’assaut, portent des gilets pare-balles et circulent en grosses cylindrées. « A Thonex, ce n’était pas une équipe chevronnée, mais décidée, explique le porte-parole de la police genevoise. Ce sont des têtes brûlées, pas tout à fait conscientes de ce qu’elles font. »

Ces raids étrangers ont entraîné une vague de mécontentement chez les Suisses sur laquelle surfe l’UDC (Union démocratique du centre), un des partis le plus à droite de l’échiquier politique de la Confédération. Ses leaders qui dénoncent l’immigration et les « razzias depuis l’étranger », faute de contrôles suffisants, demandent désormais que la Suisse quitte l’espace Schengen. Deux ans seulement après que la Confédération a levé les contrôles systématiques à la frontière.
Le « droit de poursuite » existe tant de Suisse en France que de France en Suisse, mais il permet seulement de « poursuivre à vue, pas d’établir une souricière » en pays étranger, remarque Jean-Philippe Brandt. « C’est d’ailleurs assez rare, et c’est plutôt pour des cambriolages », reconnaît-il. Les policiers français et suisses s’interrogent aujourd’hui sur les moyens d’enrayer les raids lyonnais. Les choses n’ont pas traîné. Depuis la mi-décembre, un canal radio unique a été mis en place entre les patrouilles des deux côtés de la frontière. Cela sera-il suffisant ?

Source : France soir.fr

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