Deux cent cinquante mille télégrammes diplomatiques venus du département d'Etat américain et de 270 ambassades et consulats américains dans le monde, cinq journaux mobilisés depuis des semaines pour les analyser (The New York Times, The Guardian, Der Spiegel, El Pais et Le Monde), des condamnations en cascade venues des capitales du monde entier...

Les "fuites" de WikiLeaks, qui ont commencé à être diffusées dimanche 28 novembre au soir, ont provoqué un petit séisme sur la scène diplomatique et dans le monde de l'information.

Les télégrammes n'apportent pas jusqu'ici de révélations fracassantes sur les grandes questions internationales. Elles portent en revanche un coup terrible à la crédibilité des Etats-Unis et remettent en cause la culture du secret, fondement de la diplomatie, en livrant au grand public les jugements parfois assez crus que certains diplomates portent sur les dirigeants de la planète. Sarkozy apparaît ainsi "susceptible et autoritaire", David Cameron manquerait de profondeur tandis qu'Angela Merkel ne brillerait pas par son imagination.

Le Monde, tout comme les quatre autres journaux associés à WikiLeaks, a déjà publié plusieurs articles, notamment sur la question iranienne, et en publiera d'autres dans les jours qui viennent.

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Quelques exemples de "révélations"

Les documents révèlent à quel point les gouvernements arabes redoutent l'Iran et leur crainte qu'un conflit armé soit inévitable. L'Arabie saoudite a ainsi explicitement appelé Washington à attaquer l'Iran, invitant des diplomates américains à "couper la tête du serpent".

Israël a réagi à ces publications en estimant n'avoir "subi aucun dommage". "Il s'avère que tout le Moyen-Orient est terrifié par la perspective d'un Iran nucléaire. Les pays arabes poussent les Etats-Unis à une action militaire de manière bien plus effrénée qu'Israël", a déclaré le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Les documents montrent néanmoins comment Israël a lui aussi fait pression sur Washington pour adopter une position plus ferme face à Téhéran.

On apprend également à la lecture de ces câbles diplomatiques que l'Iran a utilisé des ambulances du Croissant-Rouge pour acheminer armes et agents au Liban durant la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah libanais.

Les Etats-Unis ont rompu leurs relations diplomatiques avec l'Iran en 1980, et sont contraints de s'appuyer sur leurs autres ambassades dans la région pour observer Téhéran. Il ressort des documents révélés par WikiLeaks que la complexité du régime iranien demeure à ce jour une énigme pour Washington.

Washington a-t-il demandé à ses ambassadeurs d'espionner des fonctionnaires de l'ONU ? Parmi les câbles révélés par WikiLeaks figurent plusieurs missives adressées à des ambassades, dans lesquelles les Etats-Unis réclament des missions généralement associées au travail de la CIA. Une directive secrète, signée en juillet 2009 par la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, demande ainsi des détails techniques sur les réseaux de communication utilisés par des responsables des Nations unies : mots de passe, codes secrets, adresses électroniques, numéros de téléphone et même des numéros de carte bancaire.

Les Etats-Unis ont la conviction que les autorités chinoises sont à l'origine du piratage informatique de Google et d'Etats occidentaux. En mars, Google avait annoncé qu'il n'obéirait plus à l'ordre du gouvernement chinois de censurer son moteur de recherche, expliquant avoir été victime d'attaques informatiques coordonnées. "Le piratage de Google s'inscrivait dans le cadre d'une campagne de sabotage informatique organisée par des fonctionnaires, des experts privés des questions de sécurité et des pirates de l'Internet recrutés par le gouvernement chinois", selon le câble rapporté par le New York Times.

Le conseiller diplomatique de l'Elysée, Jean-David Levitte, estimait en septembre 2009 que l'Iran était un Etat "fasciste" et qualifiait le président vénézuélien Hugo Chavez de "fou", qui transformait son pays en nouveau Zimbabwe. Les câbles synthétisant les échanges entre Paris et Washington évoquent des sujets aussi divers que l'Iran, le Kosovo, la Turquie ou encore la Russie.

Le Monde publiera dans les jours qui viennent des articles sur les relations franco-américaines, les banlieues françaises vues de Washington, le Pakistan, la Corée du Nord, Guantanamo, la lutte contre le terrorisme, l'Afghanistan ou encore la "Françafrique".

Source : Le Monde.fr

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