Désarmement nucléaire... Dissuasion ?

Voici un an, Alain Juppé avait signé avec Michel Rocard, Alain Richard et le général Bernard Norlain, un appel au désarmement nucléaire, qu'on nomme également "l'option zéro". De la part d'anciens premiers ministres, il ne fallait pas s'attendre à un brûlot antinucléaire, et le texte est conforme pour l'essentiel à des propositions si bien connues aux États-Unis qu'elles ont été reprises par le président Barack Obama. S'agissant de la France où la dissuasion nucléaire est un dogme quasi religieux, la proposition d'Alain Juppé a choqué.

Et pourtant ! Ceux qui lui contestent le droit de s'exprimer sur ce point ont en réalité quelque mal à percevoir que la dissuasion nucléaire mourra de sa belle mort si elle ne fait l'objet dans l'opinion publique d'aucun débat ni d'aucune discussion sur ses fondements politiques et sa pertinence stratégique. Le message vaut autant pour des militaires devenus de chauds partisans de cette arme après l'avoir tant combattue que pour une classe politique dont l'intelligence est calcifiée, sur ce sujet, depuis des décennies. Tous ceux-là verront dans l'arrivée d'Alain Juppé un problème ennuyeux, mais commettront une erreur d'analyse.

Défense commune européenne et rénovation du lien transatlantique...
Une nouvelle alliance ?

Il est vrai qu'Alain juppé a réfléchi sur cette question de l'arme nucléaire et qu'il possède un avis. En 1995, il avait proposé sans succès à l'Allemagne de bénéficier du parapluie nucléaire français, ce qu'il appelait la "dissuasion concertée". Et dans ce même discours, il ajoutait : "Je crois qu'à l'heure où nous nous fixons comme objectif de parvenir à une politique de défense commune avec nos partenaires européens, dont la Grande-Bretagne, tout en parvenant à la rénovation du lien transatlantique, nous devons apprendre à introduire la dimension collective comme un facteur constitutif de notre doctrine."

Quinze ans plus tard, à l'heure où la France et le Royaume-Uni entrent dans une démarche de rapprochement nucléaire, constatons que ce n'était pas si mal vu... Il ajoutait alors : "On ne construit pas une politique de défense sur de bonnes intentions ou sur des émotions. Tant que d'autres pays posséderont des armes nucléaires, la France, bien évidemment, en conservera. Cette position est inspirée par la prudence, la sagesse et l'expérience." L'an dernier avec Michel Rocard, il ne demandait pas l'abandon unilatéral de la bombe nucléaire par la France, mais appelait à l'engagement d'un processus en constatant que "la pertinence stratégique de la dissuasion connaît des angles morts de plus en plus larges."

On notera aussi pour la petite histoire que dans le couple Juppé, ce n'est pas le ministre qui a fréquenté le plus longtemps l'hôtel de Brienne. Avant de devenir son épouse, Isabelle Legrand-Bodin a longtemps suivi les affaires de défense pour les quotidiens Le Matin de Paris, puis La Croix, et était accréditée au ministère.
Elle pourra le lui faire visiter sans trop de difficultés ;-)

Source : Jean Guisnel - Le Point.fr

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