Trente-cinq Irakiens blessés dans l'attaque de la cathédrale syriaque catholique de Bagdad, menée le 31 octobre 2010 par un commando d'Al-Qaïda, sont arrivés par avion lundi 8 novembre au soir à Paris pour y être soignés dans le cadre d'un rapatriement sanitaire organisé par la France. En provenance de Bagdad, l'avion médicalisé de la compagnie française Aigle Azur s'est posé vers 22 h 45 à Orly.

L'appareil transportait 35 blessés, dont 34 chrétiens et un garde du corps musulman, ainsi que 19 accompagnateurs. Tout le groupe a été accueilli par le ministre de l'Immigration, Éric Besson, et les blessés ont été acheminés en ambulance vers des hôpitaux de la région parisienne. "Dès demain (mardi, ndlr), ils vont avoir une carte provisoire de demandeur d'asile, valable six mois et renouvelable, avec autorisation de travail. Et ils pourront faire une demande d'asile. Cet asile leur sera très généreusement accordé", a déclaré le ministre.

La politique d'immigration de la France : Fermeté, générosité, asile

Alors que Paris a été vivement critiqué cet été pour les expulsions de Roms, Éric Besson a estimé qu'"il faut assumer les deux facettes : fermeté contre l'immigration irrégulière (...) et en même temps générosité, asile, c'est un tout".

Ce rapatriement pour les chrétiens d'Irak s'inscrit dans le cadre d'une initiative annoncée en 2007 par la présidence française et visant à accueillir des Irakiens "appartenant à des minorités religieuses vulnérables". Depuis cette date, 1.300 chrétiens d'Irak ont été accueillis en France. Après l'attaque du 31 octobre, Éric Besson avait demandé à ses services d'accueillir 150 personnes supplémentaires. Un second groupe de 93 Irakiens doit être évacué prochainement. "La France, lorsqu'elle mène des opérations de solidarité, elle ne se pose pas la question de la couleur de la peau ni de la religion", a encore jugé l'ancien socialiste.

Au total, 46 civils, dont deux prêtres, ont péri, ainsi que sept membres des forces de sécurité dans le carnage du 31 octobre quand, en pleine messe, des hommes armés ont fait irruption dans la cathédrale Notre-Dame du Perpétuel Secours, dans le centre de Bagdad. Cette attaque a fait aussi une soixantaine de blessés.

Chrétiens d'Irak, "Cibles légitimes" pour les terroristes d'Al-Qaïda !

Yasmine Eldir, 51 ans, a été touchée par des éclats de grenade aux jambes et au dos. Avant son départ pour Paris, allongée sur une banquette de l'aéroport de Bagdad, elle avait remercié Dieu d'être en vie et la France pour cette prise en charge. "Je souhaite être soignée et rentrer au plus vite chez moi, je souhaite que tous les Irakiens vivent en paix. Que Dieu protège toutes les religions", implorait-elle, entre deux sanglots. Assis un peu plus loin, Douraïd George préférerait, lui, ne jamais revenir.

Sa vie, il la doit à un couple qui, dans la panique, s'est pressé contre lui, faisant rempart de leurs corps. Tous les deux sont morts, lui a reçu une balle dans la cheville gauche, une autre au-dessus du genou et les médecins ont jugé son évacuation préférable. "Je suis effaré par la froideur des terroristes. Ils ont laissé certains blessés se vider de leur sang pendant deux heures", a raconté l'employé d'une société de transport âgé de 47 ans. Dimanche, lors de la première messe dans la cathédrale depuis l'attaque, de nombreux chrétiens ont juré qu'ils resteraient en Irak malgré les menaces d'Al-Qaeda, qui les a qualifiés de "cibles légitimes". 

Source : Le Point.fr

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