Cet élément est d'ailleurs intervenu dans la décision de passer à l'action, dont Nicolas Sarkozy explique qu'il s'agissait d'un "devoir". Il est constant, avec l'actuel chef de l'État, que la poudre parle dès lors que les négociations ne sont plus à l'ordre du jour. Dans les affaires de prises d'otages au large de la Somalie (Ponant, Tanit, Carré d'As), voire quand un navire de la marine nationale a été attaqué, les armes ont été employées.

Une configuration classique

La configuration du conseil de Défense, telle qu'elle s'est tenue lundi matin à l'Élysée, constitue le cadre classique des discussions préalables aux décisions opérationnelles impliquant les forces armées françaises. Autour du Président, elle associe des politiques (Premier ministre et ministres de l'Intérieur, des affaires étrangères, de la défense), des militaires (chef de l'état-major particulier, chef d'état-major des armées) et les chefs des services de renseignement (DGSE, DRM, DCRI, coordonnateur du renseignement) ou leurs représentants, ainsi que le secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant. Lundi matin par exemple, Hervé Morin n'était pas présent au Conseil de Défense, en raison de son envol samedi soir pour le Vietnam, visite historique puisque c'est la première d'un ministre français de la Défense depuis 1954. Mais il a bien participé, la semaine dernière, à toutes les réunions du Conseil de Défense qui se sont tenues avant et après l'opération du 22 juillet.

Selon les témoignages recueillis auprès de participants à de précédentes réunions, Nicolas Sarkozy - chef des armées et à ce titre décideur en matière d'opérations militaires - écoute tout le monde, entend les arguments et descend profondément dans les détails opérationnels. Éventuellement, le patron du dispositif militaire sur le terrain est appelé par radio, afin qu'il donne son avis sur les décisions envisagées. C'est ainsi qu'en février 2008, lors des graves évènements qui s'étaient produits à N'Djamena, les participants à une des réunions du Conseil de défense entendaient les coups de feu sur le terrain... Puis, lorsque les arguments ont été analysés, le Président tranche, et n'intervient plus avant que l'opération soit terminée.

Risque calculé

Dans le cas de l'intervention de jeudi dernier, le risque a été pesé. Nicolas Sarkozy a pris en personne la décision de faire intervenir la trentaine de militaires français qui ont été engagés sur le terrain. Personne n'ignorait qu'Abou Zeïd tue volontiers ses otages, comme il l'avait fait l'an dernier pour le Britannique Edwin Dyer. Au bout de deux mois de silence absolu, face à des revendications fumeuses et impossibles à analyser, la France pouvait-elle choisir l'inertie alors que l'ultimatum de l'AQMI expirait lundi ?

Dans cette affaire, tout le monde a pris ses responsabilités. Michel Germaneau l'a fait en allant voyager seul dans un pays à risque, élément qu'il ne convient pas d'occulter. Ce n'est évidemment pas un hasard si le Président a rappelé lundi matin que les voyages dans cette région sont fortement déconseillés à tout Français. Sauf qu'il n'y a aucun moyen de les empêcher... Quant aux moyens militaires, ceux qui ont été mis en oeuvre et ceux qui le seront dans l'avenir - puisque Nicolas Sarkozy a dit que "le crime ne restera pas impuni", ils ne manquent pas.

La France est, avec les États-Unis et la Grande-Bretagne, l'un des trois pays à disposer de forces spéciales capables de conduire des opérations complètement autonomes. Ces unités, particulièrement entraînées au combat en zone désertique, se trouvent dans le Sahel depuis des mois, y instruisent des forces armées de pays de la région, connaissent bien le terrain, et pourraient même y intervenir clandestinement, le cas échéant. Elles l'ont déjà fait, et pas qu'une fois ! Les unités françaises connaissent le Sahel, et les moyens techniques dont disposent les Français (satellites d'observation, avions pour intercepter les communications, drones ...) sont parfaitement adaptés à ce théâtre d'opérations. Sans doute n'ont-ils pas permis de localiser l'otage Michel Germaneau et de passer à l'action contre ses ravisseurs quand il en était encore temps. Mais ces moyens seront utiles pour la suite des événements, même s'ils ne constituent pas une panacée.

Source : Jean Guisnel   Le Point.fr

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NDLR : Cette ignoble affaire, où Al Qaïda n'a pas hésité à mettre à mort un vieil homme qui avait pour seul tort de consacrer sa vie à des oeuvres humanitaires au profit des déshérités du Sahel, montre révèle le vrai visage de cette organisation terroriste constituée de bandes d'assassins sans foi ni loi.

Elle nous montre aussi que nos soldats qui combattent en Afghanistan, sont le premier rempart du monde civilisé. Le sacrifice de Michel Germaneau ne sera pas vain. Gageons que la France va prendre toute sa place aux côtés des pays de la région du Sahel afin de lutter avec eux contre une telle barbarie...
PC FNCV 

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