Bien évidemment, le gouvernement de Sanaa, qui dispose de ressources limitées, a du mal à faire face à ces différentes menaces. Cependant, l’attitude des autorités yéménites à l’égard des militants d’al-Qaïda peut parfois sembler ambiguë. En effet, l’évasion d’une vingtaine de djihadistes de la première génération d’une prison censée sûre a laissé planer le doute sur d’éventuelles complicités au sein de l’Etat yéménite. Tout comme le traitement réservé par Sanaa au cheikh Mohammed Ali Hassan al-Moayad, condamné en 2005 aux Etats-Unis à 75 ans de prison pour financement de cellules terroristes et accueilli par trois ministres à l’occasion de son retour au Yémen cette année. La tentation de jouer les islamistes d’al-Qaïda contre les séparatistes marxistes du sud n’est certainement pas étrangère à cela…

Enfin, toujours est-il que les forces gouvernementales ont récemment mené deux raids, à une semaine d’intervalle, contre des camps d’al-Qaïda. Les deux opérations ont fait chacune une trentaine de tués. La seconde s’est déroulée dans la province de Shabwa, connue pour servir de base arrière aux militants islamistes. Là, l’imam d’origine américaine, Anouar al-Aulaqui, celui-là même qui était en contact avec Nidal Hasan, l’auteur de la tuerie de Fort Hood, aurait été visé mais sans être atteint.

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Aussi, les Etats-Unis s’intéressent de près aux mouvements d’al-Qaïda au Yémen, et sans doute plus encore après la tentative d’attentat contre un avion de la compagnie Northwest Airlines, le soir de Noël. Le suspect, Umar Farouk Abdul Muttalab, un nigérian de 23 ans, aurait été, selon toute vraisemblance, recruté, formé et aidé par al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP), dont plusieurs responsables, comme Saïd Ali al-Shihri et Muhammad Attik al-Harbi, sont des anciens détenus de la prison américaine de Guantanamo. Par voie de communiqué, l’AQAP a revendiqué l’attaque manquée contre le vol Amsterdam-Détroit. « Le frère nigérian est passé à travers toutes les barrières de sécurité pour son opération, brisant le grand mythe du renseignement américain » indique le texte, publié par des sites islamistes.

En fait, le Yémen a toujours fait l’objet d’une attention particulière des Etats-Unis. En 2002, un raid mené par un drone américain avait éliminé Salim al-Harithi, un responsable d’al-Qaïda. Depuis, Washington a accordé à Saana une aide financière de 24 millions de dollars, via l’Agence américaine d’aide au développement international, afin d’encourager Saana à faire des efforts contre l’implantation de cellules terroristes sur son territoire. Mais au bout du compte, cela s’est avéré insuffisant.

Aussi, le Pentagone a dépensé 67 millions de dollars en 2009 pour aider le Yémen dans ses opérations de contre-terrorisme. De plus, et selon le New York Times, les Etats-Unis y auraient ainsi discrètement envoyé, il y a plus d’un an, plusieurs agents expérimentés ainsi que des commandos chargés de former les forces yéménites de sécurité. Et il serait même question que cette aide soit revue à la hausse lors des prochains mois et qu’elle soit portée à 70 millions de dollars, afin de permettre, selon le quotidien, aux forces spéciales américaines d’entraîner et d’équiper l’armée yéménite, ainsi que la police et les garde-côtes.

(*) L’attaque contre le Limburg, rebaptisé depuis « Maritime Jewel », a été revendiquée par l’Armée islamique d’Aden-Abyane, présumée liée à al-Qaïda

Source : Zone militaire

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