Le général cite (à juste titre !) le peu connu Jean-Frédéric Le Mière de Corvey , qui écrivait en 1823 à propos des insurgés espagnols combattant les troupes napoléoniennes : "Cette guerre bien faite, dirigée par un chef habile, inspirera la terreur à l'ennemi. Il saura occuper les villes, comme il traversait des routes pour communiquer de l'une à l'autre, il sera assailli sur ces routes. Il faudra qu'il soutienne un combat à chaque défilé. Il n'osera plus faire sortir une seule voiture sans escorte. Il fatiguera ses troupes et sera détruit peu à peu sans avoir jamais éprouvé une grande perte à la fois." Étrange similitude avec la situation afghane, n'est-ce-pas ?

"La solution réside en partie dans le retour à l'effet de surprise"

L'armée française a acquis aux États-Unis et déployé en Afghanistan des engins MRAP (Mine Resistant, Ambush Protected) Buffalo qui résistent aux mines. Mais problème : ils sont peu mobiles, car "le surblindage entraîne une augmentation de la taille et du poids des véhicules" ; les combattants sont de ce fait mieux protégés, mais sourds et aveugles...

Pour le général, il faut arrêter l'escalade du blindage contre les EEI, menace "improvisée, rudimentaire, permanente, fugace et très évolutive". Il souhaite insister sur l'ensemble des facteurs permettant d' "éviter d'être détecté, visé, atteint, percé et détruit", et relève que l'armée de terre a acheté en urgence des brouilleurs et des tourelleaux télé-opérés pour les VAB. Mais il observe également que les hélicoptères Tigre et les canons Caesar, qui viennent de connaître leurs premiers déploiements en Afghanistan, ont été respectivement développés à partir de 1976 et de 1993 ! 33 ans avant sa première opération pour l'un, et 16 ans pour l'autre... Et le général de réclamer que les armes actuellement à l'étude "offrent des marges d'évolution bien supérieures à celles des matériels actuellement en service".

Le général ne renierait pas la fameuse réplique des Tontons flingueurs : "Seulement, de nos jours, il y a de moins en moins de techniciens pour le combat à pied. L'esprit fantassin n'existe plus. C'est un tort." Pour Elrick Irastorza, de fait, la solution réside en partie dans le retour à la "mobilité tactique" et à l'"effet de surprise" de même que dans le refus des "dispositifs statiques aux modes d'action et aux déplacements prévisibles".

Il voit un grand avenir à l'association des moyens de renseignement, des véhicules à haute mobilité et à la manoeuvre aéromobile associés à des "phases d'engagement à pied ,qui doivent être un facteur de supériorité, l'endurance et la rusticité de nos combattants leur permettant d'affronter, voire de devancer l'adversaire sur son propre terrain". Autant d'éléments prônés par la nouvelle doctrine de contre-rébellion de l'armée française, qui entend associer les opérations de combat aux actions civilo-militaires au service de la population.

Quant à la course au blindage, elle n'est pas tout : "Prendre ou reprendre l'ascendant est affaire matérielle, mais aussi affaire de courage et d'intelligence."

Source : Jean Guisnel - Le Point.fr

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