Une page se tourne à l'OTAN

Le symbolisme de la nouvelle présence française à Norfolk est considérable, et les Américains le prennent comme tel. L'apparat aura été sobre, mais particulièrement solennel. Le général Mattis a symboliquement remis son étendard à son successeur lors de la cérémonie suivie par plusieurs centaines de personnes réunies dans le gigantesque hangar du porte-avions, qui a commencé et s'est terminée par une prière dite par l'aumônier de l'US Navy. À l'issue de la cérémonie, Anders Fogh Rasmussen a déclaré : "J'espère que la France jouera un rôle-clef comme force motrice des réformes de l'OTAN."

Stéphane Abrial, qui a été un temps en lice pour succéder au général Georgelin, prolongé à la tête des armées françaises jusqu'en février prochain, se voit donc, aujourd'hui, chargé de conduire la modernisation de l'OTAN et la préparation de l'avenir. C'est une position importante, qui consacre le retour de la France dans le commandement intégré de l'Alliance Atlantique Nord. Elle n'est désormais plus absente que du comité des plans nucléaires, mais cette absence n'est que symbolique, car elle sait exactement ce qui s'y passe.

Les désagréments qui ont conduit le général de Gaulle à quitter l'OTAN, en 1966, à savoir, pour l'essentiel, une trop faible prise en considération de son apport stratégique, appartiennent désormais au passé, et ce retour de la France par la grande porte clôt près d'un demi-siècle de susceptibilité ombrageuse. Pour cette raison, un officiel de l'OTAN nous disait sur le pont du Dwight Eisenhower : "C'est la consécration totale de la normalisation des relations stratégiques entre les États-Unis et la France.

Tous les Alliés reconnaissent la France. C'est vraiment un jour historique." Sans doute. Mais c'est maintenant et dans les mois qui viennent que l'on verra réellement comment les choses avancent. Dans un communiqué diffusé ce matin, le ministre de la Défense, Hervé Morin, a donné le ton de l'attitude française : "La France continue de porter l'ambition d'une défense européenne forte, permettant à l'Union européenne d'exercer ses responsabilités d'acteur international majeur et d'agir quand cela est nécessaire." Et de rappeler que, pour Paris, l'OTAN et l'Europe de la défense "sont complémentaires et se renforcent mutuellement".

À Stéphane Abrial, désormais, de mettre tout cela en oeuvre ! 

Source : Jean Guisnel - Le Point.fr

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