Une génération OPEX  "durcie", professionnalisée et américanisée...

Par rapport aux opérations précédentes, cette génération est "durcie". Il suffit de regarder l'équipement d'un fantassin de 2009 par rapport à celui qui était engagé au Liban, il y a un quart de siècle (1983), dans un contexte guère plus facile.
 
Le soldat français d'Afghanistan ressemble extérieurement aux militaires américains. Il est de facto et souvent de jure placé sous commandement américain, bénéficie au quotidien de l'appui aérien américain. Là encore, il faut remonter très loin dans l'histoire (1944 ? la Corée ?) pour trouver une telle imbrication avec les forces américaines. Le vocabulaire militaire est de plus en plus anglicisé. 
 
Est-ce bien ? Est-ce mal ? A chacun d'en juger selon ses convictions et son expérience. Une chose est sûre : c'est différent de ce que l'on a connu depuis un demi-siècle et cela ne restera pas sans conséquence. 
 
L'Afghanistan va marquer toute l'armée française : ceux qui y servent rentrent auréolés de leur séjour. Du caporal-chef au colonel, ils formeront les plus jeunes à partir de leur expérience de terrain. Celle d'une armée très professionnelle, opérant sans rougir aux côtés des Américains. 
 
La guerre en Afghanistan n'est pourtant pas l'alpha et l'omega des opérations dans lesquelles l'armée française est engagée et le sera à l'avenir. Les méthodes, les habitudes afghanes sont-elles transposables ailleurs sans risques ? Rien n'est moins sûr. Le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Irastorza, ne manque jamais de le répèter lors de ses nombreuses visites dans les unités. Est-il seulement compris ?
 
Rien n'est plus fort qu'un effet de génération, dans le monde militaire comme ailleurs. Les "Afghantsy" succèdent à la génération du renouveau des opex (années 90) principalement marquée par les Balkans : c'est la génération Sarajevo-Mitrovica. Elle avait bousculée ses pères de la guerre froide, une armée qui montait la garde face au Pacte de Varsovie et dont les derniers représentants sont proches de la retraite. Certes, une minorité allait déjà guerroyer en Afrique, mais ne considérons pas de haut cette génération : le Pacte de Varsovie était une affaire extrêmement sérieuse, bien plus sans doute que les talibans. La génération de la guerre froide était apparue à la suite de celles de la guerre d'Algérie et de l'Indochine. On pourrait réécrire l'histoire de l'armée avec cette notion de génération : celle de 40-45, celle de 14-18... 
 
Aujourd'hui, une nouvelle apparait : nous savons encore peu d'elle. Mais elle est bien là.  
 
Souce : Jean Dominique Merchet - Liberation.fr