2. Cadre des opérations :

Il s’agit d’une opération de maintien de la paix sous mandat de l’Organisation des nations-unies (chapitre VII) et dirigée par l’OTAN.
La direction politique appartient au Conseil de l’Atlantique Nord (CAN) à Bruxelles, où siègent les ambassadeurs de tous les états membres. Le commandement des opérations de l’Alliance est exercé par le SACEUR à Mons (Supreme Allied Commander Operations), le commandement de l’opération en Afghanistan par le Joint Force Command de Brunssum et le commandement de la force sur le terrain par le général McKiernan, commandant la FIAS.
 
La FIAS (Force internationale d’assistance et de sécurité) comprend 5  commandements régionaux : Capital, Nord, Sud, Est et Ouest.


 
3. Déroulement des combats.
 
L’action de combat du 18 août a eu lieu en commandement régional –capitale, commandé depuis le 6 août 2008 par la France et dont une compagnie est installée dans la région de Surobi pour assurer le contrôle du terrain.
 
Dans ce cadre et selon les directives de l’ISAF, le commandant du RC-C a confié au bataillon français (BATFRA) la mission de reconnaître l’ensemble  de la zone. Ces opérations ont débuté le 15 août.
L’action de combat a eu lieu au cours de l’une de ces reconnaissances. La mission reçue était de reconnaître les points importants du terrain et de prendre contact avec la population.
 
En tête, la section du 8e RPIMa est accompagnée d’une section de l’ANA et suivie par une section du RMT, elle-même accompagnée d’une section de l’ANA  renforcée d’un détachement de forces spéciales américaines.
Il est 13H15 lorsque la section du 8e RPIMa (CARMIN 2) aborde en véhicules blindés le village de SPER KUNDAY. Plus en arrière, la section du RMT (ROUGE 4) s’est installée en observation au niveau du col précédent, prête à intervenir à son profit. La section de l’ANA qui accompagne CARMIN 2 rejoint le village.
 
Le col est distant de 1500m et relié au village par une piste en lacet non carrossable. Ne voulant pas perdre de temps pour être sûr de réaliser sa mission avant la tombée de la nuit, le chef de section fait débarquer sa section et place ses 4 véhicules blindés en appui face au col et la section de l’ANA s’installe en lisère de village, prête à intervenir.
 
En ce début d’après midi, la chaleur est élevée, il fait 30 degrés. La section progresse lentement et en sûreté. Les marsouins portent casque et gilet pare-balle. Cette progression est éprouvante.
 
Il est 15H45 lorsque les parachutistes de tête arrivent au dernier lacet, à environ 50 mètres du col. Le feu se déclenche à partir de la crête Nord, un feu précis et nourri sur l’ensemble du dispositif de la section. Les hommes ripostent et se postent comme ils peuvent derrière les rochers, ils ne peuvent pas bouger car sont pris chacun à partie par plusieurs tireurs insurgés. Ils ripostent chaque fois que possible.
Les 12,7 des VAB restés en appui commencent leur tir sur la crête, réglé par le chef de section.
Au déclenchement du tir, ROUGE 4 se déplace rapidement avec ses véhicules blindés vers le village pour porter secours à CARMIN 2. La section arrive au village 8 minutes après et se fait prendre à partie par un groupe d’insurgés à partir d’une ligne de crête au Nord du village, elle est prise sous un tir nourri.
 
Les deux sections sont au contact lorsqu’un nouveau groupe d’insurgés se dévoile sur la ligne de crête SUD du col. Le tir est toujours dense et la section CARMIN 2 est prise sous un tir croisé ; CARMIN 2 sait qu’il ne peut plus manœuvrer, qu’il est bloqué sur place et que pour se désengager, il devra bénéficier d’appuis et de la manœuvre des réserves.
 
A 16 H 10 le chef de section demande un appui aérien, les avions A 10 arrivent 10 minutes plus tard mais ne peuvent tirer car les insurgés sont trop près du groupe de tête.
 
Simultanément, la section de réserve de la FOB TORA renforcée d’appuis et le CDU quittent la FOB moins de 25 minutes après les premiers tirs. Rouge 4 tente de se dégager en débordant par la gauche du village, il tombe face à une tentative d’encerclement qu’il bloque, mais il ne peut plus manœuvrer. L’ensemble du dispositif est fixé. Seul l’engagement des moyens d’alerte permettra de renverser le rapport de force et de rétablir la situation.
La section de l’ANA tente bien une contre attaque par la droite du village. Elle est stoppée par un tir nourri.
La section venant de TORA est engagée à 17H05, soit 1H20 après le contact initial. Elle est tout de suite prise à partie aux abords village, mais résiste et applique des tirs d’appui, mortier, Milan et canon de 20 au profit de CARMIN 2 et Rouge 4.
Il est 17H50, l’ensemble de la zone est sous un feu nourri des insurgés qui commencent à s’approcher dangereusement de ses positions. La situation est très critique pour CARMIN 2 qui subit toujours des tirs croisés. Il faut coûte que coûte qu’il tente de se replier pour sauver ce qu’il reste de ses hommes. Il est appuyé pour cela par des tirs aériens A 10 et hélicoptères américains qui tireront pendant plus d’une heure.
La section parvient péniblement à se dégager grâce aux appuis, il faut parfois une à deux heures pour bondir de 20 mètres et les pertes augmentent sous un feu qui ne faiblit pas.
Lorsque la nuit tombe vers 19H30, la situation est toujours critique et le repli de CARMIN 2 se fait à proximité immédiate des insurgés qui exploitent la situation pour tenter de le devancer sur SPER KUNDAY et refermer ainsi la nasse.
 
A 20H00, l’arrivée des renforts en provenance de KABOUL (1 SGTIA renforcé d’appuis dont des mortiers lourds) permet d’améliorer la situation.  Les 4 premiers blessés, dont le chef de section, arrivent au village. Les tirs y sont toujours nourris. Ils sont tout de suite évacués par hélicoptère.
Le SGTIA du RMT, tout juste arrivé, se déploie sans attendre pendant qu’un drone PREDATOR est mis en place pour renseigner et guider les tirs d’appui de nuit. Le rapport de force a changé, et les insurgés sont toujours là, des petits groupes et des isolés de CARMIN 2 parviennent à se faire recueillir au niveau du village.
Il est 22H00 quand le SGTIA lance la reprise des abords Est du village, le C130 GUNSHIP commence ses tirs d’appuis dans la profondeur. En 2 Heures, toute la zone du village est sous contrôle et les tirs cessent définitivement dans SPER KUNDAY. Le BATFRA peut reprendre l’initiative en lançant la reconquête du terrain perdu en direction du col.
Il est 1H40, lorsque arrivé à mi-pente, les premiers corps sont relevés, et les derniers blessés recueillis.
Au lever du jour, le col est repris, et les derniers corps sont relevés. Quelques insurgés harcèlent une dernière fois les unités ratissant la crête et tirent quelques obus de mortier à proximité de la base d’appui. Ils seront tus par un tir de contre-batterie et un appui aérien.
A 12H00, la vallée de l’UZBEEN est totalement contrôlée, les insurgés ont fui. L’ordre de désengagement est donné pour qu’il soit achevé en sûreté avant la nuit.   Le bilan confirmé ultérieurement fait état d’une quarantaine d’insurgés mis hors de combat dont deux chefs rebelles.

En conclusion, à l’issue de cette opération de combat difficile et coûteuse en vies humaines, la mission a été remplie, l’adversaire repoussé et durement touché. Le comportement de nos soldats a été exemplaire sous le feu et les actes d’héroïsme individuel et collectif nombreux.

Général PUGA - Etat-major des armées


Précédents articles sur infos.fncv.com