Cet acte de piraterie est le deuxième en deux jours, un thonier espagnol, le Plaja Anzora, ayant été victime d'une attaque similaire le soir du 11 septembre. "Tous les bateaux, français et espagnols, rentrent à Mahé. Il s'agit d'une décision commune des capitaines de navire pour protester contre le manque de moyens pour assurer la sécurité", selon Pierre Alain Carré, directeur d'exploitation de l'armement CMB. "Une vingtaine de navires de pêche français, dont 16 gérés par la CMB, sont actifs dans cette zone de pêche (...) On est des pêcheurs, pas des guerriers. On comprend leur décision, on est tous des anciens marins. Pêcher la peur au ventre, ce n'est pas ce qu'on leur demande".

"Au mois d'avril, on a transmis notre inquiétude au Préfet maritime"

Les armateurs français de pêche au thon ont demandé une réunion avec les pouvoirs publics sur les moyens d'assurer la sécurité de leurs navires. Le ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, demande au Premier ministre une réunion interministérielle d'urgence pour gérer le problème. L'Océan indien est en effet la première zone de captures pour les armateurs européens de pêche au thon (essentiellement français et espagnols), qui y exploitent une cinquantaines de navires, selon Ivan Riva, président d'Orthongel qui regroupe les armateurs.

"Ce qui était une piraterie locale près des côtes se transforme en industrie organisée, à partir vraisemblablement de bateaux mère" qui lancent des petites vedettes rapides pour aller à l'assaut des navires loin des côtes, constate Pierre-Alain Carré, pour qui "le gouvernement français interdit la pêche à moins de 200 milles des côtes somaliennes, et celle-ci est déconseillée à moins de 300 milles", alors que l'attaque de samedi survenue à 420 milles montre que le danger va bien au-delà de la stricte zone côtière.

"Au mois d'avril, on a transmis notre inquiétude au Préfet maritime", a déclaré pour sa part le responsable des thoniers tropicaux à la CFDT Bretagne, Armand Quentel. "Une prise de conscience existe, mais on ne voit rien" et la sécurité "ne sera pas facile à mettre en oeuvre car la zone de pêche est très grande", se désole-t-il.

Demande d'une couverture navale et aérienne pour surveiller la zone

Yvon Riva, président d'Orthongel, qui regroupe les producteurs de thon congelé, a réclamé l'aide de la Marine nationale en demandant notamment "une couverture navale et aérienne pour surveiller la zone (...) Si on arrive à désactiver les bateaux mère, on résoudra une bonne partie du problème", a-t-il estimé en ajoutant qu'il se rendait en Espagne pour en discuter avec ses homologues ibériques.

La Somalie, pays pauvre de la Corne de l'Afrique ravagé par la guerre civile et sans gouvernement central depuis 1991, est devenu le point chaud de la piraterie planétaire ces derniers mois. Après Le Ponant en avril, un autre voilier français a été intercepté le 2 septembre par des pirates qui retiennent les deux personnes qui se trouvaient à bord.
Les pirates demanderaient une rançon et la libération de leurs complices capturés après le versement de la rançon de libération du Ponant.