Etant donné les querelles auxquelles donnent lieu
certains thèmes sulfureux, l'équipe de la rédaction a décidé de vous
offrir désormais des sujets plus paisibles. Pour nous changer des
chèvres, voici un témoignage apaisant sur la vie édifiante d'un
berger sur les drailles du Mercantour durant la
transhumance.
Que vivent les fifres et les
tambourins !
Du latin trans au-delà et humus la terre, la transhumance
se poursuit depuis des millénaires ; elle en est devenue presque sacrée. Les
transhumants ne marchent pas pour la coutume ou le folklore,
mais pour leur travail. Une marche lente et irrégulière, exigeant une attention
de tous les instants.
Il dit que c’était son destin, qu’il l’a su très tôt et qu’il n’a jamais douté.
Berger, ce serait sa vie. Au grand désespoir de ses parents,
salariés de l’éducation nationale, qui le voyaient plutôt vétérinaire. « A 9
ans, j’ai passé des vacances dans un petit village de la Vallée du
Var, non loin de Nice, où j’habitais.
Là haut je me sentais chez moi, avec la montagne, la nature et les bêtes. Un
berger m’a pris sous son aile. Au milieu des moutons, j’avais trouvé ma place.
J’ai passé plusieurs été avec ce berger et après la 4ème, j’ai décidé d’entrer
au collège agricole. A 16 ans, je gardais mon premier troupeau, seul. » Depuis,
Thierry Giourdan, 48 ans, solide gaillard à la peau tannée, barbe noire et
chapeau de feutre vissé sur la tête, n’a plus quitté la
montagne, ni les brebis. D’abord berger pour des « patrons »,
il est devenu éleveur à La Baume, près de Castellane dans les Alpes de
Haute Provence. Aujourd’hui, il est propriétaire d’un troupeau de 400
brebis, des Mourre Rousse (nez rouge en provençal). Mais en cette semaine de
transhumance, c’est plus de 1200 bêtes qu’il escorte.
En chemin vers les alpages du Mercantour, où il a « sa »
montagne, louée chaque été à la commune de Roubion, il emmène aussi le troupeau
de Stéphanie Peulet et celui de Jean-Yves Trigance, deux autres éleveurs de la
région. Thierry gardera leurs bêtes tout l’été.
" La transhumance est un moment très spécial de l’année,
explique-t-il de sa voix de ténor.
Nous parcourons une centaine de kilomètres en sept jours, tantôt sur la route,
tantôt sur des drailles (du provençal drayo, sentier). Chaque jour il faut
faire manger les brebis, mais aussi les chiens et les hommes. Chaque soir il
faut trouver un endroit avec de l’herbe, un point d’eau et une configuration de
terrain qui permette le pacage des bêtes, mais aussi un parking pour les
voitures accompagnantes.
Ça demande une logistique sans faille "
Voilà. Comptez les moutons et dormez bien.
PC FNCV
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