Un groupe de
militaires propose la création d'une garde
nationale, composée de cadres d'active et de
réservistes.
Depuis plusieurs mois, le groupe Janus réfléchit en toute discrétion à
l'avenir des forces armées françaises. Il part du postulat,
partagé par la plupart des cadres de l'institution militaire, selon lequel le
nouveau quinquennat présidentiel sera marqué par une réduction significative du
format des armées. Ce qui ne lui pose pas de problème majeur, dès lors que
Janus évoque "l'adaptation nécessaire et envisageable de l'outil
militaire".
Ce groupe est composé de militaires en activité ou non de toutes les armées,
renforcé par des chercheurs, et réfléchit en dehors de toute orientation
hiérarchique et de tout parti politique. Ceci se comprend d'ailleurs à travers
ses propositions, dont celle emblématique de leur projet, portant sur la
création d'une garde nationale. Cette mesure est particulièrement en prise avec
l'actualité, puisque la mise en place du plan Vigipirate
écarlate va contraindre les armées à déployer de nouveaux effectifs dans les
villes françaises. Le groupe Janus a pris contact avec nous, et nous
connaissons plusieurs de ses membres. Il nous a paru utile de publier le texte
qu'il nous a remis. Seuls les intertitres sont de la rédaction.
Voici la tribune du groupe JANUS
Dans un contexte de renouvellement politique, de refonte du Livre blanc de
la défense, de crise économique, mais aussi de réformes et de transformation de
l'outil militaire, il peut sembler utile pour tous de prendre part au débat
citoyen et d'apporter un avis. En tout état de cause, 15 ans après le début de
la professionnalisation des armées, il apparaît nécessaire de prendre en compte
les aspirations de la jeunesse à l'effort collectif et à la solidarité, tout en
travaillant sur les cohérences géographique et organique du système de
défense.
Cette professionnalisation, globalement réussie, a réellement initialisé
l'interarmisation du commandement et du soutien, la rationalisation des
circuits de commandement et logistique. L'armée s'est modernisée en tenant
compte des besoins nouveaux dans le renseignement, le spatial, les appuis
robotisés tout en développant les aptitudes préexistantes indispensables.
Trois armées réduites
Les axes de réflexion de Janus visent à prendre en compte la baisse
inéluctable des budgets avec en cible une armée française à l'effectif
inférieur à 180 000 personnes renforcée d'une garde nationale (GN) de 75 000
hommes. Les armées devront donc amplifier les réformes en cours pour mettre en
œuvre ce grand projet. La marine nationale pourrait voir une
partie de ses missions passer à la GN tout en réfléchissant aux coûts
représentés par 4 SNLE. L'armée de l'air serait limitée à 6
plateformes aériennes (en dehors de l'outre-mer) et verrait, comme la marine,
une partie de ses missions passer à la garde nationale. Une réflexion sur la
composante nucléaire aérienne peut être envisagée. Les gains en effectifs
peuvent s'évaluer à 10 000 hommes.
L'armée de terre appuyée et soutenue par une force d'appui
et une brigade logistique de 7.500 hommes chacune reste articulée autour de
huit brigades interarmes et d'une brigade de forces spéciales (5 500 hommes
pour chaque brigade en maintenant la capacité infanterie). 70 000 hommes
constitueront le socle opérationnel de cette force terrestre. Un effectif de
100 000 hommes pour l'armée de terre semble être une cible raisonnable compte
tenu du contexte. Le personnel détaché dans des administrations sera
strictement contraint.
Un projet de garde nationale
À côté des trois armées, une garde nationale interarmées de 75 000 hommes
relevant de l'état-major des armées pourrait monter en puissance. Les objectifs
de cette création sont multiples et visent à répondre à la demande des jeunes
Français volontaires pour des actions au profit de la collectivité, à valoriser
ce volontariat, à compenser les pertes en effectifs des armées, à avoir une
organisation et les forces effectives pour de nouvelles missions comme la
protection civile (catastrophes naturelles, accident nucléaire, etc.), les
actions humanitaires de tous types, l'assistance aux forces de sécurité en cas
d'événements importants, la mission Vigipirate mais aussi la présence dans les
banlieues, la formation des jeunes et la participation à la chaîne de
reconversion. Éventuellement, cette force pourra être considérée comme un
vivier de forces disponibles pour des opérations militaires.
La GN devrait monter progressivement à un effectif de 75 000 hommes et
femmes se répartissant en personnels issus des armées (15 000 personnes) et
gardes nationaux. Les gardes nationaux, non d'active, auront un statut de
civils faisant des périodes entre 30 et 100 jours par an rémunérés au taux de
leur grade. Ils pourront bénéficier de certains avantages
fiscaux, de stages et d'emplois "réservés", mais
aussi de possibilités d'intégration rapide au sein des forces d'actives. Dans
tous les cas, cette activité pourra être considérée comme un emploi même
temporaire et sera un outil supplémentaire de lutte contre le chômage, des
jeunes particulièrement. Une loi organique devra accompagner cette
création.
Un corps autonome
La garde nationale sera un corps autonome avec un uniforme distinct des
trois autres armées. L'ossature d'active (15 à 20 % du personnel) viendra
indistinctement des trois armées et sera issue des cadres militaires mutés, de
civils travaillant pour la défense, de personnel affecté à leur demande mais
aussi de militaires d'active préparant un stage ou une reconversion. Les
bases de défense actuelles appartiendront à la garde nationale
et soutiendront les trois autres armées. Toutes les spécialités seront ouvertes
aux gardes nationaux (pilote d'hélicoptère, permis mer, permis de conduire,
brevet de parachutisme, qualification montagne, cursus officiers,
sous-officiers et officiers mariniers, spécialistes, etc.). Une partie de la
formation se tiendra dans les écoles actuellement existantes (terre, air et
mer).
Divisions territoriales
La garde nationale sera organisée en divisions territoriales de 10 000
hommes pour le nord-est, le sud-est, le nord-ouest et le sud-ouest du pays.
L'Ile-de-France sera dotée de 20 000 hommes et les Dom-Tom de 15 000 hommes. La
brigade franco-allemande pourra être intégrée à cet ensemble. Les divisions
territoriales seront commandées par des officiers généraux issus des trois
armées à l'instar du système de commandement outre-mer. Le commandement de la
GN sera tournant entre les trois armées.
Les missions de la GN pourraient être en première approche : - la
participation aux actions de défense, - la protection civile (catastrophes
naturelles, pollution maritime, accident aérien et nucléaire, etc.), - l'action
humanitaire, - l'aide aux forces de sécurité (Vigipirate,
événements attirants des foules, etc.), - les gardes-côtes et le renforcement
de la SNSM, - la protection dans et à l'extérieur des ports et aéroports civils
et militaires, - le soutien aux forces avec les bases de défense, - l'aide à la
reconversion et à l'entrée dans le monde du travail (un régiment du service
civique dans chaque division). Enfin ce projet structurant devra mettre en
place de vraies conditions de sous-traitance ou d'externalisation des missions
qui pourront aller de la formation au soutien, du gardiennage à la logistique
même en opération, de l'appui au renseignement à l'accompagnement en
mission extérieure.
Source : Le Point.fr
NDLR FNCV : l'Histoire est un perpétuel recommencement: La Garde
nationale est une milice armée née pendant la Révolution
française et composée de simples citoyens chargés de maintenir l'ordre
dans leur ville et leur quartier. Officiellement supprimée en 1827, la Garde
nationale avait été rétablie en 1830 au moment des Trois
Glorieuses.
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